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Billy Elliot - 2000

La Hongrie pays de « La Servante écarlate » ?

3 min
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L’annulation du spectacle "Billy Elliot" après une campagne homophobe pourrait tout à fait figurer dans les pages de Margaret Atwood.

Billy Elliot - 2000
Billy Elliot - 2000 Crédits : BBC FILMS / WORKING TITLE FILMS / ARCHIVES DU 7EME ART / PHOTO12 - AFP

Margaret Atwood, l’auteure canadienne de « La Servante écarlate », avait donc vu juste. Elle qui constatait récemment que l’univers dystopique qu’elle avait imaginé il y a une trentaine d’années, lui semblait aujourd’hui « trop réel ». 

Le roman, et la série qui en est issue, mettent en scène la République de Gilead où les femmes encore fertiles sont réduites à l’état d’esclaves pondeuses. En distillant une série de flashbacks, les glissements qui ont conduit à cet état totalitaire se font progressivement jour. Parmi eux, la campagne homophobe qui est menée au nom d’une politique nataliste. Margaret Atwood avait prévenu : elle avait pris soin de ne mettre dans son roman « rien que des êtres humains n’aient déjà fait quelque part à une époque ou une autre ».

Sa dystopie tirait les fils de ce qui était déjà en germe, et ce qui vient de se produire en Hongrie, pourrait tout à fait figurer dans les pages de « La Servante écarlate ». 

La charge homophobe qui a précédé l’annulation des 15 représentations de la comédie musicale adapté du film « Billy Elliot » à l’Opéra National hongrois de Budapest, ressemble à s’y méprendre à ces glissements décrit par Atwood. 

L’éditorialiste Zsofia N. Horvath, du journal Magyar Idok - organe de soutien au Premier ministre ultra conservateur Viktor Orbán - a accusé le spectacle de vouloir transformer les petits hongrois en homosexuels. Dans le film de Stephen Daldry sorti en 2000, Billy Elliot est ce fils de prolétaire qui renonce à la boxe pour devenir danseur de ballet. Une ode à l’émancipation sociale, autant que je m’en souvienne, qui faisait pousser des ailes à la sortie du film.

Mais pour l’éditorialiste pro Orban, ce Billy Elliot est surtout un petit garçon qui danse avec un autre petit garçon, et pas avec des filles. Ou encore « un garçon qui essaye de trouver des vêtements féminins avec son petit ami ». Et enfin, cerise sur le complot gay, le spectacle ferait apparaître des lumières arc-en-ciel derrières eux ! 

Ce pourrait être une crispation homophobe de plus, si cette campagne médiatique négative n’avait pas poussé les spectateurs à déserter les guichets de ce spectacle jusqu’à l’annulation définitive. Mais surtout, si l’argumentaire utilisé n’était pas la natalité. 

C’est là précisément où nous nous retrouvons chez Margaret Atwood. Selon la même éditorialiste « le spectacle contrecarre l’objectif du gouvernement de produire davantage de bébés en faisant croire à des enfants qu’il est acceptable d’être homosexuel ». Et c’est au nom de cette politique d’état que l’Opéra National Hongrois a été attaqué. 

Dans « La Servante écarlate » les ressorts sont les mêmes, et conduisent à une épuration des universitaires homosexuels au nom de la sacro-sainte natalité. En Hongrie toujours, l'hebdomadaire Figyelö, également proche de M. Orban, vient justement de publier une liste de chercheurs de l'Académie hongroise des sciences accusés de travailler sur les droits des homosexuels. Margaret Atwood a presque tout juste.

La machine dystopique est marche, bien décidée à écraser les libertés au nom de la vie. Et si tout se passe comme dans « La Servante écarlate » les maris ne devraient pas tarder à signer les ordonnances de contraception de leur femme!

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