LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Bernardo Bertolucci à Rome en 2015

Bertolucci cinéaste des luttes intérieures

4 min
À retrouver dans l'émission

Rendre hommage à l’oeuvre sans oublier les travers de l’homme, c’est se retrouver au fond dans une situation assez « bertoluccienne ».

Bernardo Bertolucci à Rome en 2015
Bernardo Bertolucci à Rome en 2015 Crédits : Ernesto S. Ruscio / Intermittent - Getty

Bâton en l’air, debout devant les autres paysans, Gérard Depardieu lance la révolte… Mais à droite du cadre les femmes sont déjà en marche, les poings serrés et sans bâtons. « Bien que nous soyons femmes nous n’avons pas peur. Oili oilia la ligue grandira, et nous autres socialistes nous voulons la liberté »

Cette scène est issue de « Novecentro », le drapeau rouge que Bernardo Bertolucci a cousu avec les dollars des studios américains en 1975. Une grande fresque de plus de 5h qui embrasse un demi-siècle d’histoire italienne, accompagnant l’éclosion du communisme dans la plaine du Pô, sur fond de montée du fascisme, jusqu’à la libération en 1945. On y voit cette marche des femmes qui guident la lutte, symbole du courage elles ne sont armées que de leurs corps pour s’opposer à la répression des propriétaires terriens. 

Etrange écho de ces images, tandis que les hommages à Bertolucci, intronisé « dernier empereur du cinéma italien » se retrouvent dans un hiatus : après la marche de toutes contre les violences sexuelles et sexistes ce week-end comment glorifier celui qui ruina la vie et la carrière de Maria Schneider avec « Un Tango à Paris » ?

C’était en 1972, un long métrage qui fit scandale et qui opéra comme un long poison sur Maria Schneider. A 19 ans, elle était humiliée pour de vrai dans une scène de sodomie simulée parce qu’il fallait dixit Bertolucci « avoir sa réaction en tant que fille et pas en tant qu’actrice ». Ne pas oublier Maria Schneider qui ne voulait pas qu’on prononce le nom du film à ses funérailles, et saluer dans le même temps l’œuvre de Bertolucci, c’est là où je me tiens.

Et finalement, le combat intérieur de forces contraires n’est-ce pas une situation tout à fait bertolucienne ? Dans « Novencentro » Depardieu le paysan, et De Niro « le padrone » le maître des plantations, sont nés le même jour dans la même campagne et sont amis depuis l’enfance. Ils sont comme un Janus, deux faces qui réagissent en miroir opposés face à l’Histoire. Ils sont aussi les deux faces du cinéaste lui-même : né bourgeois et fils de poète, il s’engage au parti communiste. Le cinéma, reflet de l’ambivalence de la vie.

Cette dualité est à l’œuvre partout chez Bertolucci, dans la trilogie spirituelle ( « Un thé au Sahara », « Le dernier Empereur », « Little Buddah ») et déjà dans "Le Conformiste" en 1970, adapté du roman d’Alberto Moravia. Pétri de honte à l’égard de ses parents, rongé par une homosexualité refoulée, le héros se défend par un conformisme de réaction. « La tragédie d’un homme ridicule » en 1981 raconte encore ce duel schizophrène d’un grand industriel :  doit-il sacrifier son fils, kidnappé par les Brigades rouges, ou sacrifier son usine en payant la rançon ?

Quant au triolisme de « Innocents – The Dreamers », son avant dernier film en 2003, n’est-il pas avant tout porté par une double gémellité extériorisée ? 

Le double ce sont les jumeaux et leur sexualité incestueuse, mais aussi l’éclosion de la révolte politique de 68 qui se double dans l’intime d’une libération des corps.

La bataille intérieure des pulsions, portée à l’écran, telle aura sans doute été l’ambition d’un Bertolucci qui chercha à emmener les images là où la littérature seule avait pu aller.

Chroniques
8H50
3 min
La Conclusion
Métropoles et villes de province
L'équipe
Production
Réalisation
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......