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Alaa El Aswanyn à Saint-Malo

Alaa El Aswany, peut-on encore parler de censure quand tout est interdit ?

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À retrouver dans l'émission

Pourquoi les livres du plus célèbre des écrivains égyptiens font-il si peur au pouvoir ?

Alaa El Aswanyn à Saint-Malo
Alaa El Aswanyn à Saint-Malo Crédits : Ulf Andersen - Getty

Peut-on encore parler de censure quand tout est interdit ? L’équation est ainsi posée par Alaa El Aswany aujourd’hui accusé d’ « insultes envers le président, les forces armées et les institutions judiciaires égyptiennes » par un tribunal militaire. 

De passage en France quelques semaines, il retournera ensuite aux Etats-Unis, puisque dans son pays c’est la prison qui l’attend, comme tous ceux qui sont en désaccord réel ou supposé avec le général Al-Sissi à la tête du pays depuis 5 ans.

Un libraire qui a vendu un seul exemplaire d’un livre interdit (sans le savoir) a été condamné à cinq ans de détention, un garçon qui portait un t-shirt réclamant « un pays sans torture » à 3 ans d’emprisonnement. Bientôt, comme le dit une blague récurrente en Égypte vous finirez derrière les barreaux pour un like... Le moindre geste peut potentiellement être interdit et conduire directement à la case prison. 

Et Alaa El Aswany, l’auteur de « L’immeuble Yacoubian » ce roman qui dessine une coupe franche de la société cairote à l’échelle d’un immeuble, que lui reproche-t-on ? Des articles dans un journal allemand mais aussi son dernier roman « La République comme si » (publié en français sous le titre J’ai couru vers le Nil) parce qu’il dénonce les exactions de l’armée commises pendant la révolution de 2011.

Ce qui est assez fou en soi puisque selon la loi égyptienne, l'État ne peut pas lui faire de procès étant donné qu’il ne s’agit que de publications étrangères. Les articles ont été diffusés en Allemagne et le livre, censuré en Égypte, a été édité au Liban… Depuis, trois avocats français ont saisi le rapporteur spécial de L’ONU sur la protection de la liberté d'expression pour obliger l’Égypte à s’expliquer.

Pourquoi la plume d’Alaa Al Aswany fait donc si peur au pouvoir ? À la fin de l’époque Moubarak, renversé en 2011 après 30 ans de règne, on ne mettait pas les écrivains en prison. 

Seulement, depuis la première révolution et depuis que le peuple - soutenu par l’armée dans un premier temps - s’est aussi débarrassé de Morsi et des frères musulmans : la brèche démocratique est ouverte. Elle s’est comme « fendue » dans les imaginaires.

Le pouvoir le sait. Il a très vite interdit les manifestations sous peine de condamnation à 3 ans de prison. Et s’occupant d’abord des islamistes, ce qui a pu rassurer provisoirement, Sissi a ensuite fait arrêter progressivement des libéraux puis toute personne qui formulerait une opinion critique, selon un arbitraire parfaitement déstabilisant. 

Membre actif de la révolution en 2011, et fondateur du mouvement d’opposition « Kifaya » (ça suffit!), El Aswany le répète « La démocratie est la solution ». C’est d’ailleurs sur cette phrase qu’il chutait systématiquement ses articles du temps où il pouvait encore publier dans les journaux libres de son pays, et se réunir publiquement. C’était avant les interdictions progressives, les coups de fils des intermédiaires qui vous disent de « faire attention » et les pressions feutrées sur lui comme sur son entourage.

Mais quoique fasse le général Sissi, la faille est là, dans les esprits. S’en prendre à Alaa El Aswany c’est tenter de refermer cet imaginaire. Cette démocratie qui existe déjà en filigrane, y compris dans ses livres.

Alaa El Aswany dit « quand j'ai peur, je ne peux pas écrire et quand j'écris, je n'ai plus peur » : c’est là précisément que « La République comme si » (pour reprendre le titre arabe de son livre) se met à avoir peur…

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