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Les Brésiliens pendant le second tour des élections présidentielles, dimanche 28 octobre 2018

Violence 2.0 contre gentils emojis

3 min
À retrouver dans l'émission

Comme après toutes les dernières grandes élections, celle du candidat d’extrême droite au Brésil souligne la victoire des réseaux sociaux sur la démocratie. Mais en quoi franchit-on une étape supplémentaire?

Les Brésiliens pendant le second tour des élections présidentielles, dimanche 28 octobre 2018
Les Brésiliens pendant le second tour des élections présidentielles, dimanche 28 octobre 2018 Crédits : Bloomberg - Getty

Des smileys rouges de colères ou mouillés de larmes, des articles en partage tous azimuts, des statuts en deuil, des hymnes de résistance : après l’élection du candidat d’extrême droite au Brésil les murs des réseaux sociaux sont entrés dans cette phase malheureusement bien connue aujourd’hui, celle du « traumatisme mondialisé ». 

Quand je dis les murs des réseaux sociaux, j’ai bien conscience que je parle des murs que je peux apercevoir, ceux qui entourent ma pensée et reflètent probablement mon ethos progressiste. Ailleurs sur d’autres murs et d’autres fils de discussion ce sont des cris de victoire qui s’écrivent et des appels décomplexés à la haine, mais depuis ma bulle informative je n’en saurai rien.

Pourtant comme après toutes les dernières grandes élections, comme le soulignait le politologue Miguel Mago dans Le Monde, c’est précisément la victoire des réseaux sociaux sur la démocratie qui sera soulignée. 

Cette fois ce ne ce sont plus les fausse nouvelles sur Facebook qui sont visées comme lors de l’élection de Donald Trump, mais le soutien d'entreprises privées qui auraient financé l'envoi de centaines de milliers de messages de propagande pro-Bolsonaro via la messagerie WhatsApp.

Quant à l’ex-candidat, détaché des structures partisanes et électorales classiques, il s’est imposé comme un modèle d’ « influencer » politique. Passé de quelques milliers d’abonnés en 2014 à 15 millions aujourd’hui. Sans même avoir besoin de s’appuyer sur le réseau médiatique traditionnel, en s’affranchissant de la case débat, il a prospéré, comme cela a été dit hier dans notre spéciale Brésil, sur une avalanches d’intox. A base d’évangélistes promettant l’Apocalypse en cas de défaite de Bolsonaro ou inventant des sacrifices d’enfants sur l’autel du Belzebuth Parti des travailleurs.

Mais ce qui fait de Bolsonaro un cas exemplaire, au-delà des fausses nouvelles, au-delà des armées de comptes fantômes et des bombardement 2.0 : c’est la parfaite adéquation entre la violence de ses charges et l’architectures des réseaux sociaux. Plus l’attaque est virulente (contre les noirs, les gays, les femmes, les sans terres, les indiens d’Amazonie, les défenseurs de l’environnement, et j’en passe), plus ce type de contenus stimule le partage et la propagation. 

Face à quoi tous les outils de contrôle et de régulation s’avèrent exsangues. WatsApp a bien annoncé la suspension de dizaines de milliers de comptes robots jugés coupables de diffuser automatiquement des messages à caractère politique, ce fut sans trop d’effet.

Sur le fond, si les journalistes américains avaient déjà éprouvé l’impuissance des live de vérification de l’information en direct face aux mensonges de Trump, cette élection brésilienne franchit une étape supplémentaire. 

Comme le souligne la journaliste politique brésilienne Eliane Brum, l’élection de Jair Bolsonaro n’est plus celle de la "post-vérité", mais celle de « l’auto-vérité ». Rien ne sert d’expliquer, rien ne sert de vérifier, rien ne sert de modérer, ce qui compte c’est l’acte de dire. Et dans l’espace social des réseaux (qui n’est pas celui du débat politique) non seulement tout ce qui est présenté comme « sincère » suffit à être vrai, mais plus c’est violent plus ça marche. Ne restent aux défenseurs de la démocratie que leurs emojis pour pleurer.

Chroniques
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