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allégorie de Terry Guilliam partant à l'assault de son film "L’Homme qui tua Don Quichotte"

Don Quichotte, la malédiction prendra-t-elle fin à Cannes?

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Tourné, monté, prêt à être projeté et diffusé le film de Terry Gilliam risque encore d’être empêché.

allégorie de Terry Guilliam partant à l'assault de son film "L’Homme qui tua Don Quichotte"
allégorie de Terry Guilliam partant à l'assault de son film "L’Homme qui tua Don Quichotte" Crédits : Alex Segre / Contributeur - Getty

C’est à la fois un film dans le film et une concaténation de prémonitions bizarres. Depuis un quart de siècle, l’ancien Monty Python et génial réalisateur de Brazil et de L’armée des 12 singes, Terry Gilliam, se bat tel le héros de Cervantes contre les moulins à vent qui l’empêchent de voir un jour son adaptation de Don Quichotte atteindre les écrans.  

Mille fois mort et mille fois ressuscité, ce projet maudit aurait pu rejoindre la grande cinémathèque des films fantômes aux côtés du Dune d’Alejandro Jodorowsky. Il n’était parvenu jusqu’ici qu’à exister en creux, à travers le documentaire « Lost in la Mancha » sorti en 2002 qui relatait l’impossibilité de son tournage deux ans auparavant. Une conjonction kafkaïenne d’obstacles : pluies diluviennes, maladie du comédien Jean Rochefort, et survol constant du plateau par des avions militaires. Seulement voilà aujourd’hui L’Homme qui tua Don Quichotte, est enfin tourné – avec Jonathan Pryce et Adam Driver dans les rôles principaux – prêt à être projeté au Festival de Cannes, et à sortir en France. Mais, toujours maudit, il est encore empêché.   

L’homme qui veut tuer Don Quichotte dans ce nouvel épisode, tient lui-même du personnage de film. C’est Paulo Branco, producteur légendaire du cinéma d’auteur, Manoel de Oliveira ou Raoul Ruiz entre autres, légendaire aussi par son tempérament autoritaire, et par la légende qu’il s’est lui-même construite. C’est avec lui que Terry Gilliam s’était engagé en 2016 pour faire enfin exister son film. Signant un pacte, qu’il serait trop facile de qualifier de Faustien, mais qui il est vrai s’est retourné contre le réalisateur. Au fur et à mesure des échanges, la dramaturgie épistolaire s’intensifie, dans un mouvement prémonitoire Terry Gilliam écrit en mars à ceux qui l’ont mis en garde « Merci à tous pour vos conseils, avertissements, menaces, mais la seule façon dont le film sera fait cette année est de se jeter dans la folie… avec Paulo ». Gilliam signera un contrat où il cède donc ses droits d’auteur-réalisateur à Alfama, la société de Branco, qui a aussi acquis les droits du scénario. Mais Gilliam perd progressivement la main sur le budget, ou encore les choix de l’équipe technique, jusqu’à se retrouver comme il le dit « viré de son film ». In fine, Branco suspend la pré-production du Don Quichotte en août 2016.   

Mais il en faut plus pour tuer définitivement Don Quichotte. Terry Gilliam, comme ses héros, compte poursuivre son rêve jusqu’au bout. D’ailleurs pour lui, plus les difficultés sont grandes, plus l’explosion créative est forte.  

Après cette suspension et ce contrat considéré comme caduc par le réalisateur, une nouvelle société de production ainsi que de nouveaux financements seront donc trouvés, et L’Homme qui tua Don Quichotte fin prêt, sera sélectionné à Cannes. Sauf que Branco dénonce un passage en force, et veut empêcher sa projection et sa sortie. C’est au juge des référés qui donnera son verdict le 7 mai prochain d’en décider, mais dans cette tragédie, le Festival, juge artistique, a choisi le camp du cinéaste. « Il est plus que jamais important de rappeler que les artistes ont besoin qu’on les soutienne, pas qu’on les attaque » signent Pierre Lescure président du festival et Thierry Frémaux, délégué général dans un communiqué. Pour l’instant impossible de dire si la malédiction prendra fin, le film du film, lui continue de s’écrire

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