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Manifestant Gilet Jaune

"J’veux du soleil" road movie autour de la France des ronds-points

4 min
À retrouver dans l'émission

Au fond, il y a la température réelle, celle des chiffres : du chômage, du temps partiel, du prix du carburant, du montant des aides sociales etc. Et puis il y a la température ressentie, c’est celle-ci que le film de Gilles Perret et François Ruffin est allé prendre.

Manifestant Gilet Jaune
Manifestant Gilet Jaune Crédits : Fred TANNEAU - AFP

Y'en a marre, marre, des pauvres !                    
Les pauvres y font aucuns efforts pour devenir riches !

Le ton est donné avec ces quelques notes de Didier Super qui résonnent dans le Berlingo de François Ruffin, celui qu’il a acheté parce que sa femme voulait une voiture familiale, mais bon ils se sont séparés une semaine après… « J’veux du soleil » est un portrait militant de la France qui a enfilé un gilet jaune autant qu’un autoportrait en creux de son co-auteur. 

Mais si le député de la France insoumise est là comme il le dit « en fil conducteur », au sens propre, si c’est lui qui pose les questions, commente au volant, partage au gré des rencontres ces analyses, diffuse aussi ses idées, et propose même d’incarner Macron le temps d’un échange pour que chacun formule ce qu’il aurait à dire au président, la parole qui émerge est bien celle du terrain. Celle qu’aucun verbatim glané à la va vite dans un rassemblement n’avait encore fait entendre.

François Ruffin le sait, des "gilets jaunes" on a aussi vu la casse, le racisme, l’antisémitisme et les connivences d’extrêmes droites, c’est même le point de départ du film… Mais les voix qui s’expriment devant la caméra racontent autre chose.

Au fond, il y a la température réelle, celle des chiffres : du chômage, du temps partiel, du prix du carburant, de la croissance, du montant des aides sociales ou du taux de départ en vacances. Et puis il y a la température ressentie, c’est celle-ci que le film est allé prendre. Une température enfouie sous un permafrost de honte. 

Il faut littéralement franchir le barrage des ronds-points, entrer chez les uns et les autres, pour écouter le récit de ces vies aussi volontaires qu’empêchées. Tout à coup tout se dit et se partage. 

Les formations qui ne mènent à rien, les intérims qui s’enchaînent, les frigos vides, les retards accumulés de factures, les prêts à la consommation pour se chauffer, les cantines impayées, les pensions alimentaires qui n’arrivent jamais, les retraites minuscules, les jeux de bingos pour gagner une carte Auchan sans laquelle comme d’autres on ferait discrètement les poubelles ou on irait, honteux, à partir du 20 de chaque mois, récupérer des vivres au secours populaires... Travailler sans pouvoir pour autant exister dans cette société, vivre à sa porte en zombie isolé, c’est le point commun de ces témoignages. Le point commun des Corinne, des Carine, des Khaled, des Rémi, des Denis, des Cindy, des Marie, des résignés qui retrouvent soudain une dignité et une solidarité combative.

Bien sûr, le documentaire est un filet orienté, il prend dans ses mailles ce qu’il veut montrer et y oppose une grossière caricature des médias. S’il est question de l’appétit insatiable des actionnaires, de l’optimisation fiscale, mais aussi de la désertification des centres villes, de l’abandon des services publics ou de la fameuse suppression de l’ISF pour autant « J’veux du soleil » n’est pas un clip de campagne. 

Il porte un constat assez imparable résumé par Ruffin « les gens » comme il les appelle « se sentent dégradés économiquement, socialement, moralement et esthétiquement ». À cela, dos à la mer, il répond « je vais me battre pour que vous ayez droit à votre bonheur » ! C’est un peu court comme programme, mais ça n’enlève rien au film.

Chroniques

8H50
3 min

La Conclusion

Le dimanche est mort
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