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Christine Angot

Christine Angot, une parole impossible

4 min
À retrouver dans l'émission

Sur France 2, une fois encore, la parole au scalpel d’Angot, celle qui vit de ses livres toujours en recherche de précision et de particularisme, n’était pas la parole de Christine sur un plateau de télévision.

Christine Angot
Christine Angot Crédits : Franco Origlia - Getty

C’est l’histoire d’une précision imprécise. Samedi lors de l’émission de Laurent Ruquier sur France 2, Christine Angot, qui a endossé le rôle de chroniqueuse depuis septembre 2017, s’est lancée dans une explication sur la distinction entre la Shoah et l’esclavage. Mais la façon dont elle l'a formulé a suscité l’indignation et, a-t-on appris hier, une centaine de signalements auprès du CSA. 

Preuve, une fois encore, que la parole au scalpel d’Angot, celle qui vit de ses livres toujours en recherche de précision et de particularisme, n’est pas la parole de Christine sur un plateau de télévision. 

Pour rappeler les faits : dans un contexte de refus de la concurrence des mémoires, Christine Angot a fait valoir néanmoins la nécessité d’une différenciation, sans quoi l’indifférenciation mènerait à l’indifférence. Prenant alors l’exemple de l’esclavage et de la Shoah, deux crimes contre l’humanité, elle a souligné que, dans son intention, l’un visait à exterminer des hommes des femmes et des enfants, l’autre à exploiter des hommes des femmes et des enfants comme des objets. Mais Christine Angot ne l’a dit pas comme ça…

Christine a essayé de parler, et s’est trompée. La différenciation entre les deux types de crimes est incontestable mais pourquoi présenter l’esclavage en « contraire » ? Et pourquoi s’égarer dans une formulation vague et hâtive, ce « on », ce « l'esclavage des Noirs envoyés aux États-Unis ou ailleurs etc. » enfin ce « en bonne santé ». Tant pis pour les 10,6 millions et demi de captifs morts en mer pendant la traite négrière, et les 1,5 millions qui moururent l’année de leur arrivée sur la plantation, comme l’a rappelé l’historienne Mathilde Larrère.

Christine Angot s’en est excusée depuis dans un communiqué. Regrettant aussi de ne pas avoir su « trouver les mots ». Cette impossibilité de dire, pour elle l’écrivaine embarquée à la télévision elle l’a formulé dès le départ. En septembre 2017, pour sa première. 

Aujourd’hui la parole d’Angot s’est même retournée contre elle. Elle qu’on disait lisse à sa première, aura tenté de jouer le jeu, mais ce piège de dire, hors de la littérature, ce piège d’aller au plus clivant, se referme sur elle. 

Énoncée sur un plateau de télé, sa dernière sortie une fois scriptée par les internautes ne pouvaient que choquer, si on la reprend à la lettre. Il est en effet grave que Christine Angot n’ait pas trouvé ses mots. Grave qu’elle ne les ait pas pesés. Mais personne n’aura pensé à la reprendre sur le plateau ni à couper la séquence au montage. 

La vraie leçon qui se dégage, c’est la demande accrue du public pour une véritable responsabilisation de ces émissions. Quant à Christine Angot, qui ne sera plus là à la rentrée prochaine a-t-on appris dans la foulée, elle était assez inflammable pour garantir le buzz, mais place au prochain combustible.

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