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Dylan Robert et  Kenza Fortas dans Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin

Et si Shéhérazade n'avait pas eu les mots?

3 min
À retrouver dans l'émission

Dans le premier film de Jean-Bernard Marlin le langage est un nœud tragique.

Dylan Robert et  Kenza Fortas dans Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin
Dylan Robert et Kenza Fortas dans Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin Crédits : Allo Ciné

Cette nouvelle Shéhérazade vient de la Belle de Mai, quartier pauvre de Marseille, comme son celui dont elle est éprise et qui est éprise d’elle, mais ils n’ont pas les mots pour dire le sentiment qui les unissent. Et c’est au cœur de cette incapacité à formuler leur lien que va se nouer leur drame. 

Je vous parle ici du premier film de Jean-Bernard Marlin Shéhérazade présenté à la semaine de la critique au dernier festival de Cannes. Cette référence au conte Perse n’est pas anodine, car c’est bien par le langage que se sauve dans les Mille et Une Nuits Shéhérazade, l’héroïne qui comme toutes les vierges allait être épousée puis exécutée par le roi. Mais comment fait-on quand on n’a pas les mots ?

Dans cette fiction, portés par de jeunes gens qui n’ont fait ni théâtre ni cinéma mais des séjours en prison ou en foyers, le langage est un nœud tragique. 

Il y a d’un côté ce phrasé qui pour une fois sonne juste. Il n’est pas échappé du documentaire, il ne fait pas dans la poésie appuyée du bitume marseillais, il montre comment au milieu des expressions toutes faites et d’une syntaxe trébuchante, on tente de se frayer un chemin pour dire ses sentiments. 

Pour le héros, Zachary, 17 ans, incarné par Dylan Robert, ne pas pouvoir retourner chez sa mère à sa sortie de prison, ce n’est pas « construire son projet dans un foyer » comme la langue euphémisante officielle le lui suggère, c’est apprendre qu’elle veut ne plus de lui, sa mère. Alors il lui dit d’arrêter de « l’emboucaner » parce qu’il a « les nerfs à bout »…

Et cette jeune Shéhérazade qu’il aime sans être capable de le dire. Cette Shéhérazade dont il assure à sa demande la protection avant de devenir son proxénète sans même savoir ce que c’est... Cette Shéhérazade est quant à elle prisonnière d’un mot à qui on dénie le respect et l’amour « pute ». 

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De l’autre côté c’est le langage de la caméra et l’été des quatre saisons de Vivaldi qui se chargent de dire ce qui les lient et ne cessent de grandir. Au tribunal seulement finiront par sortir les mots « je l’aime ».  Pourquoi ? Comment ? Ce que ça coûte d’être fidèle à ce qu’on ne se savait jusqu’ici même pas nommer? L’intrigue du film vous le dira. 

Mais le plus important c’est d’avoir trouver un terrain cinématographique pour formuler cet enjeu complexe : comment se tracer un destin quand aucun mots de l’institution ou de la rue ne correspondent à votre ambition intérieure ? 

On finit par le dire comme on peut et même mal, mais c’est déjà une clé. Ainsi Zachary écrira à Shéhérazade « C’est pas tout le temps le sale, j’espère qu’on aura une vie comme des gens normales ».

Chroniques
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3 min
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