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Sculpture du T-rex à Los Angeles

Jurassic World, Hollywood interroge le spectacle de ses propres excès

3 min
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La sortie évènement du 5ème opus de la saga jurassique poursuit sa réflexion sur la surenchère spectaculaire.

Sculpture du T-rex à Los Angeles
Sculpture du T-rex à Los Angeles Crédits : DAVID LIVINGSTON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA - AFP

"Jurassic World : Fallen Kingdom" en français "le royaume déchu"  sort aujourd’hui au cinéma et promet, à l’heure du visionnage en ligne, une expérience qui je cite "va vous scotcher". Cet argument vous l’entendrez autour de la promotion du film, qui comme toutes les grosses productions hollywoodiennes est désormais un film en soi. Multiplication de vidéos indicielles ou devrais-je dire "teasers", avalanche de produits et d’expériences dérivés, installation d’un T-Rex géant à la Défense, exposition monstre à la Cité du Cinéma à Saint-Denis etc. Avec toujours ce suspens que les franchises ont réussi à auto-générer : le nouvel opus sera-t-il meilleur ou moins bon que le précédent ? Trahira-t-il ou non l’esprit du premier volet ?

"Jurassic World" est en effet le numéro 5 d'une saga adaptée des romans de Michael Crichton. En 1993, le premier opus signé Steven Spielberg fait entrer le cinéma dans une nouvelle ère. Avec ses dinosaures taille réelle et son épouvante savante, le film atomise la concurrence et déclenche une controverse. Attaqué par le ministre de la Culture Jacques Toubon, qui défend l'exception culturelle française, "Jurassic Park" incarne un cliché dévastateur qui oppose divertissement grand spectacle américain et films d'art européens. Viendront ensuite Le Monde perdu : Jurassic Park en 1997, Jurassic Park 3 en 2001, Jurassic World en 2015 et aujourd’hui Jurassic World: Fallen Kingdom.

Si je vous citais au début de mon billet, cette promesse de spectacle affichée par les équipes du film, c’est que la franchise jurassique a cette particularité : réfléchir au spectacle dans un film à grand spectacle. 

Ce parc d’attractions installé sur l’île de Nublar où l’on a réussi à récréer des dinosaures, pose depuis le premier volet la question de l’escalade du divertissement. Produire toujours plus de sensations aux visiteurs ne conduit-il pas à une effrayante perte de contrôle ? 

Dans le précédent volet, Jurassic World, le 4ème de la saga, l’obsession de rentabilité du parc était au cœur des enjeux. Comment impressionner encore les visiteurs qui se sont habitués aux dinosaures ? Comme si le film posait alors la question qui s’est elle-même posée à ses producteurs… Sous la pression des actionnaires on en venait à créer "L’indominus Rex", dinosaure hybride, monstre génétique engendré par l’homme. Reflet hideux de la surenchère spectaculaire…

Pour ce 5ème volet, alors que les dinosaures ont détruit le parc à thème et son complexe de luxe, une mission de protection est lancée à l’aube de l’explosion d’un volcan… Mais faut-il protéger ces espèces comme les autres ?

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Un débat écologique et philosophique lancé par le mythique Dr. Ian Malcom alias Jeff Gollum s’engage, tandis qu’un dessein tragique se présage, on a créé un monstre encore plus terrible… Un méta-monstre. 

Ce que nous regardons est l’objet hybride du spectacle : mi-dino, mi-Alien, mi-requin des Dents de la mer. Le réalisateur renoue avec l’horreur pour offrir un frisson qui interroge lui-même sur la mutation déviante du spectacle ! Coup double. Et à la fin vous irez peut-être dans le véritable Parc, celui de l’exposition  "Jurassic World" à la Cité du cinéma, pour boucler la boucle.

Alors que dire de cette culture populaire, hollywoodienne, qui nous fait tourner en rond sur elle-même, autant qu’elle nous invite à cesser de le faire ? Et pourquoi, même hégémonique, dénigrer ce spectacle partagé de la contradiction ? Le débat reste ouvert.

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