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Photo du "Chant de la Forêt" de João Salaviza et Renée Nader Messora

« Le chant de la forêt » : peut-on encore regarder la Terre en face ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Le film de Joao Salaviza et Renée Nader Messora clôture à sa manière le sommet environnemental du GIEC et prend le relais sur les mots qu’on entend plus. Le chant de la forêt n’est pas l’appel de la forêt.

Photo du "Chant de la Forêt" de João Salaviza et Renée Nader Messora
Photo du "Chant de la Forêt" de João Salaviza et Renée Nader Messora Crédits : Ad Vitam

Peut-on encore regarder la terre en face ? Une question qui nous traverse, lorsque le rapport des experts environnementaux du GIEC sur la biodiversité annonce que nous vivons la sixième extinction de masse. La première à ne pas être liée à des phénomènes naturels imprévisibles et inéluctables, mais imputable à un être vivant, l'homme.

« Le chant de la forêt » du Portugais Joao Salaviza et de la Brésilienne Renée Nader Messora invite à cette profonde expérience : 2H30 à regarder et à écouter cette Terre.

Car le chant de la forêt n’est pas l’appel de la forêt. Pour reprendre le titre du roman de Jack London, dont la traduction plus fidèle serait d’ailleurs « l’appel sauvage ».

L’appel de la forêt, il a déjà été lancé notamment il y a mois par quatorze représentants de peuples indigènes de différents continents, dont ceux de l’Amazonie brésilienne. « Nous vivons les prémices d’un apocalypse » alarmaient-ils. Au Brésil, la déforestation a augmenté de 54% en un an. Mais qu’il soit concret, responsabilisant l’Union Européenne premier partenaire commercial du Brésil et de son agro-business, ou plus philosophique, nous demandant d’envisager la nature non comme une propriété mais comme un sujet de droit : l’appel de la forêt n’est comme pas entendu…

Écouter « Le chant de la forêt » pour reprendre le nom de ce film, couronné à Cannes l’an dernier par le jury « d’Un certain regard », c’est comprendre en soi même pourquoi on n’entend pas ou plus.

Tourné en collaboration avec les Krahô, tribu indigène avec laquelle les deux auteurs du film ont vécu en immersion pendant 9 mois au nord-est du pays, « Le chant de la forêt » ne se raconte pas. Il y est question de deuil, de magie, et d’une vie moderne qui n’a pas de sens, mais surtout c’est un film qui prend le relais des mots. Ceux que nous n’entendons plus précisément. Ces « belles paroles » dont les représentants des peuples indigènes disent qu’avec l’argent elles sont la malédiction du monde.

Le langage du cinéma intervient alors pour agir sur l’espace-temps qui nous rend si sourd et si aveugle. 

D’abord à travers le héros du film, Ihjac, qui réduit progressivement la distance qui se pose en général entre le spectateur (à fortiori au Festival de Cannes) et les peuples d’Amazonie. Il n’est pas là comme « l’indien anthropologique » c’est une figure universelle. Pris dans un conflit intérieur et une détresse qui pourrait être la nôtre. Attendu pour revenir à la vie, Ihjac refuse d’accélérer le deuil de son père, ou même de le dépasser. Ce qu’il a entendu des esprits l’a changé à jamais.

Quant au spectateur il va devoir changer de rythme. On ne l’emmène pas, comme en 1985, dans la « Forêt d’Émeraude » avec les codes narratifs hollywoodiens. Et ce chant de la forêt qui arrive sur fond noir à l’ouverture du film, on ne peut que l’écouter. Puis la nature bleutée et nocturne apparaît. Le cadre est grand l’homme y est souvent un des éléments, pas le centre. La vie quotidienne de cette tribu Krahô prend la main sur le tempo des images, elle contrôle le temps. Elle nous met en position d’écoute et d’attente... Et il n’est pas facile d’accepter ce nouveau rythme intérieur qui est peut-être déjà l’espoir d’un changement si on le laissait nous guider.

C’est la force paradoxale de ce film, dans une telle urgence écologique, faire l’expérience de l’attente nous renvoie à notre propre inaction.

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