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« L’heure de la sortie », quelle jeunesse dans un monde « déjà mort »?

3 min
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Dans le nouveau film de Sébastien Marnier, les élève de 3ème sont aussi est inquiétants qu’une horde de zombies. Mais la menace n’est pas celle que l’on croit...

Image du film "L'Heure de la sortie"
Image du film "L'Heure de la sortie" Crédits : Laurent Champoussin

Vous vous souvenez de ces mots de Paul Nizan : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie » ? 

Il écrivait ensuite « Tout menace de ruine un jeune homme : l’amour, les idées, la perte de sa famille, l’entrée parmi les grandes personnes ». Le précipité de l’angoisse de la jeunesse au seuil de son passage à l’âge adulte, plutôt que la célébration d’une soit disant légèreté, c’était déjà d’une acuité redoutable en 1932. Mais combinons aujourd’hui ce vertige à des craintes contemporaines qui dépassent le trouble inhérent à l’âge. 

Dans le nouveau film de Sébastien Marnier « L’Heure de la sortie », la jeunesse n’a pas 20 ans mais 13/14, elle forme un groupe opaque de 6 élèves dans une classe pilote de 3ème. 

Pierre Hoffman incarné par Laurent Lafitte est venu remplacer un professeur qui s’est jeté par la fenêtre en plein en cours. Dès lors s’installe un climat de menace, mais qui sont les monstres ? 

L’adolescence est un âge monstrueux comme le montre si bien les romans graphiques de Charles Burns ou Emil Ferris. Et dans « L’heure de la sortie » la bande des six surdoués est aussi inquiétante qu’une horde de zombies ! Mais la menace qui transpire dans ce film n’est pas celle que l’on croit.

Bien sûr il s’agit de questionner le contexte actuel où l’autorité du savoir est contestée par des adolescents abreuvés d’informations tous azimuts. Un nouveau tissu d’images de ravages écologiques, de vidéos parfois complotistes, de documentaires, d’études, d’articles, de lectures en tous genre, à portée de clic. Dès lors comment enseigner face au bricolage d’une pensée autonome placée sous le signe de la défiance ? 

Mais ce qui est frappant c’est que tandis que des enquêtes s’échinent à comprendre, classifier, et organiser le spectre de cette jeunesse, proposant toujours de nouvelles terminologies, nous restons en quelque sorte derrière la vitre.

La question qui se pose et que soulève le film, n’est pas celle de l’autorité ou de la violence scolaire. Elle pourrait se formuler ainsi : comment la jeunesse peut réagir face à un monde « déjà mort » ? Quel impact ont sur elle ces échecs répétés pour sauver l’environnement ? Comment ces consciences déjà éveillées reçoivent le creusement abyssal des inégalités ou les mensonges des industries lorsqu’elles mettent en péril la santé des hommes et celle de la planète ? Comment ces cerveaux qui sont bien plus armés que l’on ne croit intègrent-ils la vacuité et la violence de ces vies d’adultes dont eux-même ne veulent plus ? Comment respirent-ils l’air asphyxiant des attentats mais aussi de l’attaque des idéaux démocratiques ?

En fait on est très sérieux quand on a 14 ans… Et « L’Heure de la sortie » nous permet d’entrer au cœur de cette radicalité nihiliste qui nous concerne tous. 

Chroniques

8H50
3 min

La Conclusion

Jean-Jacques Lequeu
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