LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Wes Anderson à Madrid en février 2018

Wes Anderson, comment inventer encore une fable quand tout est fiction ?

3 min
À retrouver dans l'émission

« L’île aux chiens » son nouveau long métrage est un conte orwellien aussi gigogne que notre réel.

Wes Anderson à Madrid en février 2018
Wes Anderson à Madrid en février 2018 Crédits : GABRIEL MASEDA / NURPHOTO - AFP

La meilleure façon de parler de l’époque c’est de s’en détacher. Mais comment se distancer d’une réalité qui se joue sur plusieurs niveaux de réalité justement ? A l’heure où nos identités se dédoublent. Et comment produire une fable quand la vérité devient une opinion comme une autre ? Quand le régime des fictions tourne à plein, et que chaque groupe défend la sienne ?  

Ces questions, Wes Anderson ne se les ait peut-être pas posées pour son 9ème long métrage, « L’île aux chiens » qui sort aujourd’hui en salle, mais il y apporte des réponses à l’écran.  Car cette fable est une réalité alternative hybride, si gigogne et si maline, que c’était peut-être celle qu’on attendait pour embrasser les problématiques actuelles. Crise des migrants, montée des populismes, « démocratures » et autre structures dites « illébarales », sophistication technologiques, robots substitutifs, et vertige de la perte de contrôle, fabrique effrénée de déchets, et parcage des rebus. 

Avec à la clef cette interrogation si pérenne et contemporaine : qu’est-ce qui fait encore de nous des humains ? « L’île aux chiens » entrelace tous ces thèmes et décale tout. Nous sommes a priori dans un Japon dystopique, celui d’un futur proche, où le maire tyran corrompu d’une ville imaginaire organise la propagande autour d’une épidémie de grippe canine. Cette hystérie anti-chiens conduit à leur exil forcé sur une île poubelle, une décharge flottante, où certains exilés subissent tortures et expérimentations. 

Alors que voit-on ? Une réalité en effet hybride. Ni un film classique ni un film d’animation mais un film en « stop motion ». Avec des chiens aux pelages texturés qui parlent, et des humains de cire qui pleurent, une collusion de l’esthétique des grands maîtres des estampes japonaises et des grands réalisateurs nippons comme Akira Kurozawa, une imbrication du traditionnel et l’ultra moderne. 

Et si le film renvoie au réseau d’imagerie symbolique japonais, il vise tout particulièrement les Etats-Unis de Trump comme l’a rappelé Wes Anderson. Tout est transfiguré et tout est multiple.  Car Wes Anderson n’a pas cherché à traduire par l’esthétique la plus éloquente les enjeux contemporains tels qui lui apparaissent et les convictions qui sont les siennes. Il a laissé le langage cinématographique et les relations entre les personnage le guider dans ce film écrit à six mains avec Roman Coppola et Jason Schwartzman. Telle est la clef. 

Aussi, les chiens ne renvoient pas aux chiens et à la cause animale mais aux humains qu’on déshumanise, sans exclure la question de notre relation aux autres du vivant. Aussi, la temporalité horizontale nous renvoie à la fois aux dérive présentes, aux dangers futur, et aux horreurs passées avec leur cortège de génocides. Aussi, la rébellion qui est déclenchée par le courage individuel d’un jeune maître, et portée par des enfants activistes ainsi qu’une bande de canidés galeux, nous renvoie aux nouvelles formes de résistances comme aux schémas qu’elles ont toujours su emprunter. Il fallait ce maillage pour offrir un décalage pertinent et multicoque à notre réel.

Intervenants
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......