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 Marguerite Bouchard, actrice, jouant Charlotte dans le film Charlotte à 17 ans de Sophie Lorain

Et si les "millennials" n’existaient pas ?

3 min
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Dans le film « Charlotte a 17 ans » de la québécoise Sophie Lorain, les 15-24 ans ne sont ni des cibles marketing ni des motifs d’analyse générationnelle. C’est un groupe hétérogène confronté à une réévaluation des règles dans l’époque qui est nôtre.

 Marguerite Bouchard, actrice, jouant Charlotte dans le film Charlotte à 17 ans de Sophie Lorain
Marguerite Bouchard, actrice, jouant Charlotte dans le film Charlotte à 17 ans de Sophie Lorain Crédits : Les valseurs

Les «millennials » de « Charlotte à 17 ans » ne sont pas un ensemble compact à qui on prête une pensée ou des coutumes mais des individus très distincts. Voilà comment un film sur la jeunesse peut devenir plus qu’un « teen movie ».

Commençons par le trio de tête du scénario : trois amies qui se posent au fond cette question comment être libre ? Un horizon commun pour trois jeunes filles de 17 ans mais trois manières totalement différentes et conflictuelles dans le bon sens du terme de l’atteindre. Charlotte oublie sa « peine d’amour » en multipliant les partenaires, Mégane tente de se « désintoxiquer des stéréotypes féminins et de s’émanciper de la dépendance affective », Aube romantique et vierge cherche un alter ego. Ensemble elles fument des bangs et se saoulent dans des parcs pour enfants accessoirement.

Embauché dans une grande enseigne de magasin de jouets, le trio de post adolescentes va découvrir un vaste plateau de jeu avec d’autres jeunes employés. Mais on ne retrouvera alors dans le film aucun des clichés sur les millennials. N’en déplaisent à Bret Easton Ellis, ils ne vivent pas dans le culte de la victimisation, et pour une fois on ne les représente pas drogués aux smartphones, ou incapables d’ouvrir un livre. 

Que ce soit avec Aristophane, 1984 de George Orwell ou des vidéos de Maria Callas sur Youtube, chacun se cherche son propre guide dans ce questionnement « c’est quoi être libre » ? C’est s’informer ? C’est connaître la valeur de son temps quand les grosses compagnies qui siègent dans les paradis fiscaux vous payent 10 dollars de l’heure ? 

C’est quoi être libre ? Comme le dit l’une des héroïnes ça s’apprend. Ça veut dire quoi ? Ne pas se raser sous les bras? Faire valoir ce qu’est une « salope dans le bon sens du terme »? Coucher avec tous, ou encore entrer dans une abstinence résistante ? 

Dans cette petite démocratie amoureuse imprégnée des questionnements actuels : le plaisir féminin, l’émancipation des assignations du genre, la sexualité fluide débarrassée des modèles classiques du couple, une courte période d’abstinence générale va permettre de prendre du recul. On y réévalue alors les règles. Le sexe, l’amour, l’engagement, la liberté.

C’est un peu « L’an 01 » de Gébé en 1968 « on arrête tout, on réfléchit ». Et ce qui s’en dégage c’est premièrement, que le concept même de génération est une production d’oppositions qui ne repose que sur du marketing. Comme l’a montré Vincent Coquebert dans son livre « Millenials burn out » il y a une vraie continuité entre baby-boomers et millennials. 

Deuxièmement, la bienveillance conflictuelle (dans le bon sens du terme) entre les individus est le cadre démocratique au sein duquel peuvent se définir de nouvelles règles, pas le consensus.

Chroniques

8H50
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