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L'acteur Christian Bale dans le rôle de Dick Cheney, dans le film "Vice"

« Vice » ou les vertus du biopic satirique

4 min
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Alors que les documentaires à la Michael Moore se sont essoufflés, et que les écrans pullulent de biopics aux formats eux aussi éculés, le film d’Adam Mac Kay sur l’ancien vice-président Dick Cheney propose un antidote salutaire.

L'acteur Christian Bale dans le rôle de Dick Cheney, dans le film "Vice"
L'acteur Christian Bale dans le rôle de Dick Cheney, dans le film "Vice" Crédits : Copyright Universum Film

« Ce que vous allez voir est une histoire vraie enfin dans la mesure du possible car Dick Cheney est l’un des hommes les plus secrets de l’histoire américaine, mais putain on a bossé ! » La mention s’affiche en lettrage jaune sur fond noir au début de « Vice » le film que consacre Adam McKay à Dick Cheney, l’homme qui a œuvré pendant 40 ans dans l’ombre du pouvoir. Ancien chef de cabinet sous Gerald Ford, secrétaire à la défense sous George Bush père, et vice-président sous George Bush fils.

Alors que les documentaires politiques à charge de Micheal Moore se sont essoufflés, et que les écrans pullulent de biopics aux formats eux aussi éculés, le film d’Adam McKay propose un antidote salutaire : le biopic satirique.

Avec ce postulat formel nous voilà à la fois débarrassés des chapelets de longs métrage sanctifiants leur sujet mais aussi sur la piste d’une nouvelle forme de film politique. Scénariste du show « Saturday Night Live » et génie de la comédie américaine (Anchorman : The Legend of Ron Burgundy, Step Brothers),Adam Mac Kay s’attaque ici à l’un des hommes qui a eu le plus d’impact sur la vie politique américaine et l’état du monde en général. 

La liste est longue, à commencer par la partie émergée : le mensonge sur les armes de destruction massive de Sadam Hussein qui précède l’invasion de l’Irak après le 11 septembre, l’invention d’une alliance entre Oussama Ben Laden et Abou Moussab al-Zarqaoui qui va donner indirectement du poids au futur fondateur de l’EI, mais aussi le contournement de la convention de Genève à Guantanamo. Seulement ce qui est donné à voir c’est la construction de la mystification, l’histoire d’un homme qui a réussi à vendre des histoires aux dirigeants qu’il a conseillé et finalement au peuple lui-même. Restait à résoudre cette énigme : comment l’étudiant raté de Yale et pitoyable orateur Dick Cheney allait y parvenir ?

Séance de hameçonnage avec George W Bush plus pantin que jamais…

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Incarnant Dick Cheney, avec 40 kilos en plus (rôle à Oscar oblige), voix grave et souffle court, Christian Bale a remercié Satan pour son inspiration. En réalité la force du film c’est précisément de ne pas faire de Dick Cheney  un Belzébuth. Et comme le soulignait Bale, Cheney est bien plus intéressant et terrifiant qu’un Trump. Pour le faire comprendre, et pour à son tour écrire une histoire dans un monde abreuvé de fictions politiques, Adam McKay détraque tous les codes du récit. 

A commencer par l’insertion à l’intérieur même du film d’un faux biopic de Cheney, celui qui correspond à son story telling d’homme politique. Ou encore le détournement d’un dialogue de Shakespear et du générique de la série House of Cards, deux miroirs confondants des jeux de pouvoir. Enfin si la force de Cheney est de proposer les idées les plus radicales et les plus folles avec un ton calme et professionnel, on le verra alors formuler stricto sensu n’importe quoi dans le bureau oval : "Si nous mettions des perruques sur nos pénis et que nous allions dans le jardin faire une sorte de spectacle de marionnette mais en plus drôle ?"

La théorie du low up développée par le Saturday Night Live, c’est-à-dire un rire qui vous prend d’en bas et appuie sur les ressort les plus gras pour faire éclater en haut une réflexion, tourne à plein régime. Tandis que les images des impacts réels de ces décisions politiques se télescopent, dans un mélange d’archives et de reconstitutions. 

C’est avec cette virtuosité narrative, inspirée par Il Divo de Paolo Sorantino, qu’Adam McKay renvoie le spectateur et le citoyen à cette question : pourquoi continuez vous de croire aux histoires que vous vouliez qu’on vous raconte ?

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