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Le Bataclan, le 12 novembre 2016 à Paris

De quoi le débat sur Médine est-il le nom ?

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Désormais qualifiée d’« affaire Médine », que révèle la polémique autour du rappeur?

Le Bataclan, le 12 novembre 2016 à Paris
Le Bataclan, le 12 novembre 2016 à Paris Crédits : PHILIPPE LOPEZ - AFP

« J’fais peur aux faignants, à ceux qui ne veulent pas aller plus loin que l’image », déclarait le rappeur Médine dans une interview à Clique en février 2017. 

Dans la polémique qui vise les deux dates de Médine en octobre prochain au Bataclan, différents foyers d’indignation se sont allumés. Politiques : principalement de droite et d’extrême droite, mais pas que, pour réclamer l’annulation des concerts. Associatifs : un communiqué du Printemps Républicain qui défend la liberté d’expression pour ne pas permettre je cite « au rappeur de s’ériger en victime de la censure ». 

Et intellectuels, via une tribune publiée dans Le Figaro qui invoque la « décence publique ». Laisser Médine se produire dans cette salle où 90 personnes ont trouvé la mort dans l’attentat revendiqué par l’organisation terroriste Etat Islamique le 13 novembre 2015, relèverait selon eux de la « profanation ».

Alors, à quoi a-t-on à faire justement? Evidemment la polémique provoque un déchaînement trollesque (et désormais habituel) sur les réseaux sociaux. Elle divise aussi les différentes associations de familles des victimes. Photographie instantanée de l’état de la société, et des points de vue divergents qui se réunissent précisément une salle de concert. 

Les références à l’album intitulé « Jihad, le combat contre soi même » en 2005, le rappeur arborant un sabre son t-shirt, et ses mots sur le titre Don’t Laïk  « Crucifions les laïcards comme à Golgotha » tournent en boucle. Les liens du rappeur avec une association proche des Frères musulmans remontent. Et pendant ce temps, la provoc de Médine tourne à bloc. 

Lui renouvèle je cite « ses condamnations passées à l’égard des abjects attentats du 13 novembre 2015 et de toutes les attaques terroristes ». Dénonce le « détournement » de ses chansons et leur instrumentalisation. En revanche, ce qu’il appelle le « piège positif » tendu pour dénoncer ceux qui partent faire le djihad comme ceux qui en dévoient le sens multiple, lui a donné « la sensation d’aller trop loin ». Médine l’avait reconnu « c’était inaudible ». 

Au-delà d’un clash classique autour du rap, où chacun joue son rôle – détracteurs choqués et rappeurs prompts à appuyer sur le bouton des punchlines abrasives - se joue-t-il quelque chose de plus complexe ? Médine qui revendique tous les blasphèmes, y compris celui d’une laïcité qu’il estime dévoyée, serait-il aussi le profanateur du « sacré civique » du Bataclan? Ultime provocation d’un rappeur qui compare sa barbe à la coupe afro d’Angela Davis et ose les télescopages hasardeux sur son album « Arabian Panther » en 2008.

C’est la dimension « profane » des concerts au Bataclan et la question du statut mémoriel de la salle qui semble renouveler un débat encore ouvert. Mais pour autant, on y retrouve l’archétype des polémiques sur un rappeur dont on découpe les textes, loin d’une compréhension globale qui permettrait de relever des titres comme « Porteur de foi ». Une diatribe contre les extrémismes religieux présente sur son dernier album « Storyteller ».

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Médine, qui doit son nom à la contraction des prénoms « Medi » voulue par sa mère et « Edine » voulu par son père, est un rappeur autodidacte qui distribuait des cassettes à la sortie des lycées. Son jeu de la provoc pour confondre dit-il l’ignorance, son ambiguïté pour aimanter sciemment la polémique, ses points de vue critiquables sur les enjeux internationaux, n’en font pas néanmoins un partisan de la barbarie ni incitateur de haine. 

D’ailleurs il n’a jamais été condamné en ce sens. En revanche, et sans mauvais jeu de mots, son côté « préchi précha » fait de lui un rebelle un peu trop didactique... La question qui demeure n’est pas « de quoi Médine est-il le nom ? » mais « de quoi ce débat est-il nom ? »

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