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Pile de livres d'occasion

L’oracle du Salon du livre

4 min
À retrouver dans l'émission

A travers les derniers bilans de santé du livre, que peut-on dire de celle des lecteurs ?

Pile de livres d'occasion
Pile de livres d'occasion Crédits : Alexander Spatari - Getty

Juste avant l’ouverture du Salon du livre sont publiés les derniers bulletins de santé du secteur. Celui de l’institut Gfk et celui du Centre National du livre sur les habitudes de lecture des Français. Des colonnes de chiffres nous apparaissent alors comme autant d’oracles à interpréter.

Ne possédant aucuns des attributs de la pythie, ni la simplicité des habits ni la chasteté, j’ose néanmoins ce matin vous livrer ce que j’ai pu déceler dans les entrailles statistiques.

D’abord le livre ne va pas si mal. On observe un léger recul des ventes (-0,6% en volume et -0,9% en valeur selon Gfk), et selon le Centre National du livre, le taux de lecteurs est globalement stable. En somme ce n’est pas l’Annus horriblis qui avait pu être annoncée. La France, contrairement à des pays comme l’Espagne ou l’Italie, résiste au grand décrochage. 

Après précision des genres littéraires, comme en 2017 et 2015, les romans, les livres pratiques et les BD/mangas-comics restent les 3 grandes catégories de livres les plus lus. Les experts vous feront remarquer, en sus, que pour une année sans locomotive Astérix, après le succès historique du 37e album en 2017, c’est plutôt positif. Au final la BD s’en sort très bien avec un chiffre d’affaires en hausse de 2%.

Sans s’étourdir davantage dans les chiffres et les conclusions globales, ce qui se dessine en creux à travers ces enquêtes, c’est aussi le bilan de santé d’une société. 

Il n’est pas anodin de voir les ouvrages de développement personnel continuer d’élargir leur place dans le secteur. Et si l’on va plus loin dans cet exercice oraculaire d’analyse de données, le fait que ces ouvrages soient le genre en plus forte progression chez les CSP moins, c’est-à-dire plutôt les ouvriers et les employés, devrait nous alerter. Signe d’un mal être, où ces lecteurs tentent de résoudre par eux-mêmes une tension économique toujours plus accrue.

Ce n’est pas un hasard, non plus, si cette année a vu émerger une offre symptomatique de livres contestant le système politique et économique actuel ou encore les titres abordant la question de l’égalité femme-homme comme l’a décrypté Camille Oriot, consultante Livre de GfK.

Enfin, si le livre ne va pas si mal, si le marché quoique morose est loin d’être sinistré, la littérature, elle, ne va pas si bien. C’est ce qu’en conclut Vincent Monadé président du Centre National du Livre.

J’avais déjà évoqué ici, à côté des best-sellers, l’effondrement de la littérature « du milieu » celle des 20 000 ou 30 000 exemplaires, ainsi que les effets pervers de la surproduction éditoriale. 

Mais même en reprenant une vue d’ensemble, force est de constater que la rentrée littéraire s’est illustrée cette année par un net recul, avec une baisse de 10% des ventes. Quant aux divers prix, excepté le Goncourt, le Goncourt des lycéens et le Renaudot, ils ont perdu leur effet de levier.

La littérature s’épanouit néanmoins dans de nouveaux genres bien sûr, mais reste le portrait d’une société inquiète, en quête de solutions comme de simplifications (là où la littérature offre émancipation). Tels sont signes qui se dégagent de cette nuée de chiffres.

Chroniques
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3 min
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