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Premières solitudes

Parle avec les jeunes

3 min
À retrouver dans l'émission

« Premières solitudes » ou la jeunesse par elle même dans le nouveau documentaire de Claire Simon.

Premières solitudes
Premières solitudes Crédits : Claire Simon

Il existe un effet de guillemets sociologiques, une mise à distance immédiate, lorsqu’on évoque au choix « les jeunes », « les ados » ou les fameux « millennials ». 

Affublée d’un tas d’études, d’articles et de clichés, cette jeunesse se dérobe à la compréhension. Mais comment briser le filtre ? Le mieux serait de se poser soi même sur un banc dans un lycée et de commencer à discuter. C’est exactement ce que fait Claire Simon dans son nouveau documentaire « Premières solitudes ». 

Mais pour avoir tant travaillé déjà les dispositifs de la parole et de l’écoute, elle installe ici un protocole qui change davantage encore les règles du jeu. Les dialogues sont exclusivement ceux des lycéens et des lycéennes entre eux, et ces dialogues constituent exclusivement le film. C’est la parole tout entière de ces élèves recueillie par eux même qui fait scénario. 

Claire Simon ne nous raconte pas une histoire avec les premières du Lycée Romain-Rolland d’Ivry-sur-Seine, elle nous laisse à l’écoute de celle qui est en train de s’écrire. Nous voici donc sur ce banc…

Hugo, Lisa, Elia, Anaïs, Catia, Clément, Judith, Manon, Mélodie et Tessa, disent comme ils peuvent les pères ou les mères absents, les traumatismes plus ou moins surmontés, les nostalgies précoces, les béances de l’avenir aussi, avec cette formule « je sais qui je veux devenir mais je sais pas qui je vais être ». Alors l’incommunicabilité devient le sujet d’écoute. Et par le truchement du documentaire jeunes garçons et filles ont finalement la « conversation impossible » qu’ils devraient avoir avec leurs parents. 

En laissant les clefs du questionnement aux lycéens, la démarche documentaire peut donc s’affranchir de ses propres questionnements « à priori ». Et c’est ainsi que le filtre distancé se brise peu à peu.

Cependant il y aurait comme une gêne, à observer en souris les souris de ce laboratoire cinématographique si l’objet de cinéma n’était pas fabriqué par les acteurs même du film. C’est là où le processus de « Premières solitudes » résout la contradiction.

Dans le cadre d’un atelier artistique, ces élèves de première en spécialité cinéma ont réalisé un court-métrage avec Claire Simon. Et ce long-métrage prolonge l’expérience. Les acteurs du documentaire sont donc également les chevilles ouvrières du film. Assistants techniques multitâches, ce sont eux qui tendent les perches qui recueillent leurs discussions.

Si en 68 la question se posait de faire du cinéma politique ou de faire politiquement du cinéma, « Premières solitudes » dans sa fabrique comme dans son discours prouve qu’on peut faire un film sociologique et faire sociologiquement du cinéma.

Chroniques

8H50
3 min

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