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Image du film "the dead don't die" du réalisateur Jim Jarmusch

Les zombies, des morts qui réveillent les vivants

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Car les morts ne meurent pas dans le film de Jim Jarmusch « The dead don’t Die », les vivants ne vivent ne pas non plus.

Image du film "the dead don't die" du réalisateur Jim Jarmusch
Image du film "the dead don't die" du réalisateur Jim Jarmusch Crédits : Universal

La tradition Vaudoo haïtienne, celle de réanimer les cadavres grâce à une toxine particulière, la tétrodoxotine, a engendré une série de contes peuplés de monstres claudiquant venus nous dévorer... Mais depuis George Romero et « La nuit des morts vivants » en 1968, le zombie est avant tout une figure sociale. C’est elle que convoque explicitement Jim Jarmusch dans son film, qui était présenté à Cannes hier, et sort en salles aujourd’hui.

Ce monstre gueule ouverte c’est nous, zombifiés par une société guidée par le profit consumériste où nous errons encore affamés. Signe des temps, un demi-siècle après Romero, la série « The walking dead » remporte un succès planétaire, et dans les villes s’organisent des marches militantes de zombies anticapitalistes. L’alerte aux zombies sonne donc de plus belle mais c’est une fiction que nous n’entendons ni ne voyons plus. Alors Jim Jarmusch réanime à sa manière…

Dans « The dead don’t die » le message est aussi explicite que grotesque. Après une fracture polaire, à des fins d’extraction énergétique, ce qui a provoqué un changement apocalyptique de rotation de l’axe de la terre, des hordes de morts vivants surgissent. Ces zombies dévorent les entrailles des vivants et réclament bêtement ce qui faisait le sens de leur vie sur terre : du café, du chardonnay, du xanax, des bonbons, des jouets ou du wifi.

Dans le rôle de l’ermite mais aussi du lecteur, du conteur, et du seul qui a une véritable chance de survivre, Jarmush a choisi le musicien Tom Waits. Car, dans la tradition politique du zombie, il convient d’observer le profil de ceux qui s’en sortent, apôtres d’une résistance possible. 

Et on comprend assez vite que ces futurs héros sont ceux que l’on juge habituellement comme les plus inhabituels. L’ermite de la forêt donc, mais aussi une croque mort samouraï, et dans un premier temps ceux qui, nourris de fictions, croient aux zombies, et savent que tout finira mal. Sans oublier les animaux qui eux ont senti tout de suite le danger, et se sont enfuis. Quant à la jeunesse révoltée, elle a peut-être une chance, contrairement aux « hipsters », mais au fond rien n’est tranché (à part les têtes de zombies) dans le film de Jim Jarmush.

Si la figure de l’ermite enfonce une dernière fois le clou affirmant que « ces zombies sont les vestiges de la culture matérialiste » tout n’est pas si balisé. Jarmush rompt à maintes reprises le pacte de fiction avec les spectateurs. Pas de doute, nous regardons un film en train de se faire et ce sont autant de coups de serpe dans les récits qui nous endorment. Au milieu des mensonges, tous plus énormes, et des vérités, toutes plus hallucinogènes, reste ce moment de cinéma où nous pensons avoir eu peur pour de faux. 

Mais en sortant de la salle, nous ne verrons soudainement plus que des zombies… Il aura fallu construire tous ces circuits détournés, pour que l’alarme perce à nouveau notre réel. La prouesse de Jarmusch est de laisser chaque spectateur avec de persistants acouphènes.

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