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Juliette Binoche et Vincent Macaigne dans "Doubles Vies" d'Olivier Assayas

Comment faire rentrer les petits écrans dans le grand ?

5 min
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C’est l’un des enjeux (périlleux) du nouveau film d’Olivier Assayas « Doubles vies ».

Juliette Binoche et Vincent Macaigne dans "Doubles Vies" d'Olivier Assayas
Juliette Binoche et Vincent Macaigne dans "Doubles Vies" d'Olivier Assayas Crédits : Ad Vitam

« Est-ce qu’on est encore en phase avec notre époque ? » demande l’éditeur (Guillaume Canet) au romancier (Vincent Macaigne) dans la scène inaugurale de « Doubles vies », le nouveau long métrage d’Olivier Assayas. Cette question, c’est celle que se pose le réalisateur. 

L’arrivée des écrans au sens le plus multiple et le plus large possible a modifié nos vies, nos habitudes de pensée, notre façon de débattre, et même notre rapport aux œuvres. Il existe mille et un signaux de cette mutation, mais comment les projeter sur grand écran ? Comment faire, à l’orée des années 2020, un film qui entrelace les transitions d’une époque, comme avait su le proposer Eric Rohmer dans "L’arbre, le maire et la médiathèque" en 1993 ? 

Nous voici donc dans « Doubles Vies » (dont le titre anglais est bien meilleur « Non Fiction ») avec un éditeur en pleine transformation numérique (Guillaume Canet), une actrice de série populaire (Juliette Binoche), un auteur d’auto fiction (Vincent Macaigne), et une assistante parlementaire (Nora Hamzawi). 

A travers leurs échanges, c’est la société telle qu’elle bat qui fait entendre son pouls. Par exemple la virulence des polémiques. Celle d’un auteur de romans qui doit répondre des vies qu’il a volées aux personnes qui inspirent ses fictions, celle qui touche un homme politique, enfin celles qui se diffusent partout en réseaux, dans une nouvelle civilisation de l’écrit qui n’a jamais aussi peu lu. « J’ai l’impression que l’écrit ça rend les gens hystériques » dit le personnage de Vincent Macaigne. 

Assayas n’est pas là pour trancher, mais sentir les ambivalences d’un phénomène. Non pas avec la distance critique qu’on formule sur un objet, mais en regardant la façon dont il existe à l’intérieur de nos vies et de nos conversations. Quand la discussion est interrompue par une notification sur un smartphone, quand elle est perturbée par l’arrivée d’un texto qui éveille des soupçons, quand elle se perd dans la répétition de concepts partagés ça et là sans que personne ne les maîtrise : la « post vérité », « ce que veulent les gens », ce genre de choses... Ou encore quand la politique n’est vue qu’à travers le prisme de la série « House of Cards ». De retour d’un dîner, le personnage de Nora Hamzaoui, l’assistante parlementaire, en fait la pénible l’expérience…

« Ecoute tout le monde parle comme ça maintenant » ! dit Macaigne. C’est qu’au fond une charge d’animosité mimétique infuse dans les échanges. Le débat IN REAL LIFE imite la brutalité des commentaires en ligne. 

De la même manière Assayas interroge la pression qui filtre sur les artistes dans l’avènement d’un nouveau rapport aux œuvres : avec la dilution de la critique traditionnelle, le prisme de l’addiction ou du volume de téléchargement comme gage de succès, ou le « fameux « feel good » comme nouvel horizon qualitatif. 

Il ne s’agit pas avec « Non Fiction » de jeter cette nouvelle ère par dessus bord mais de réfléchir à comment nous voulons vivre et créer.

Chroniques

8H50
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