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Tom Wolfe à New York en 1965

Tom Wolfe le nouveau journalisme et la vérité intérieure

3 min
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Des reportages aux romans, comment ce « Balzola » a su révéler la société ?

Tom Wolfe à New York en 1965
Tom Wolfe à New York en 1965 Crédits : Jack Robinson - Getty

« Un journal ne doit pas se contenter de donner des nouvelles de la société, il doit en être le révélateur ». La formule n’est pas de Tom Wolfe mais de son comparse Gay Talese, dans l'un des derniers entretiens accordés par ces deux héros du « nouveau journalisme » à la revue America il y a quelques mois.

Etre le révélateur de la société, son voyant, suppose qu’on l’explore de l’intérieur. Et pour toucher cette vérité sous le vernis des faits, aussi documentés soient-ils, une transposition littéraire est nécessaire. Quel meilleur enseignement sur la société du XIXème siècle en France que la lecture de Balzac et Zola ? De cela, Tom Wolfe, surnommé « Balzola », était convaincu.

Avec d’autres comme Joan Didion, Truman Capote, Hunter S. Thompson ou Gay Talese que j’évoquais à l’instant, Tom Wolfe a donc développé ce qu’on appelle le « nouveau journalisme » ou la « non fiction » : un mouvement qui réduit la distance entre journalisme et littérature jusqu’à les confondre « tout en érigeant la vérité comme horizon indépassable », pour reprendre les mots d’un descendant du genre, William Finnegan, Prix Pulitzer en 2016.

Et lorsqu’il était interrogé sur sa méthode, Tom Wolfe évoquait le temps. Vivre « un peu, beaucoup, longtemps » avec son interviewé ou avec son sujet, de là seulement pouvait naître le vrai, au point de pouvoir écrire des monologues intérieurs – comme il le racontait lors de son passage aux Matins de France Culture en 2006 :

Cette vérité intérieure, et non dite par définition, est la plus intéressante pour Wolfe. C’est celle qui s’entend notamment dans « Le gauchisme de Park Avenue » en 1970 à travers le chef d’orchestre Leonard Bernstein qui reçoit des membres des Black Panthers pour une soirée mondaine dans son appartement de 13 pièces où, je cite, « touche suprême à la décoration Chic Funky » se trouvent « des noirs en chairs et en os ».

Ce texte fait glisser Tom Wolfe vers le roman. Pourquoi? Avec ses articles du « nouveau journalisme » comme « Acid Test » sur les orgies stupéfiantes des hippies, il a éprouvé une méthode et forger des convictions. Mais si l’écrivain-journaliste se tourne vers l’amplitude romanesque c’est peut-être parce qu’il y a là l’espace pour creuser davantage ce qui l’a fasciné chez Max Weber : la question du statut social. 

De ses  5 romans, le plus connu, « Le bûcher des vanités » en 1987, donne ainsi naissance à la figure du yuppie, égotiste et tout puissant, dans un monde de la finance déconnecté du réel. Wolfe invente alors un anti-héros littéraire qu’on retrouvera chez Jay McInerney ou Bret Easton Ellis, mais il anticipe aussi une crise toujours actuelle. Du nouveau journalisme au roman vrai, Tom Wolfe n’aura pas décrit la société, il l’aura révélée.

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