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Photo du documentaire de Matthieu Bareyre " l'Epoque"

Comment dire « l’époque » ?

3 min
À retrouver dans l'émission

«  Même les Pokémons trouvent que l’époque est morne » ! Un documentaire « L’Epoque » tente de la dire en attrapant la parole des jeunes.

Photo du documentaire de Matthieu Bareyre " l'Epoque"
Photo du documentaire de Matthieu Bareyre " l'Epoque" Crédits : Bac Films

« La langue n’est pas le langage » a dit Jean-Luc Godard dans l’entretien qu’il vient d’accorder à France Culture. Il évoque ce cinéma qui ne parvient pas à être politique. Traversée de la France ou road trip autour des ronds-points, pourquoi ne ressortent de ces films que des paroles sans langage ? C’est la question qu’il pose, et c’est l’obstacle contre lequel buttent de nombreuses tentatives qui voudraient nous faire voire politiquement le pays, la colère, la jeunesse, sans y parvenir. 

Pour autant, nous voilà avec cette collection de témoignages dont on entend quelque chose de fort bien sûr, mais que le cinéma proposé n’arrive pas à traduire. Godard parle des documentaires de Ruffin ou Goupil et Cohn Bendit, aujourd’hui c’est un nouvel essai qui sort en salle « L’époque » de Matthieu Bareyre. 

« C’est quoi l’époque ? » la question d’ouverture est ambitieuse, et le documentaire convoque de multiples approches comme on pioche dans une boîte à outil pour attraper la parole libre de cette jeunesse. En l’occurrence celle du Grand Paris de 2015 à 2017, du lendemain des attentats de Charlie Hebdo à l’élection d’Emmanuel Macron. 

Qu’est que murmurent les jeunes la nuit ? Et qu’est-ce que ce recueil sauvage nous livre comme signes des temps que nous traversons ? Se combinent alors un peu du film de Chris Marker et Pierre Lhomme « Le joli mai » tourné à Paris en 1962, un peu d’anthropologie psychanalytique comme l’a fait Charlotte Beradt lorsqu’elle interroge les rêves de ses contemporains pendant l’avènement du troisième Reich, et un peu de Raymond Depardon qui balade son « est-ce que vous êtes heureux ? » sur le territoire…

Alors, oui, les mots apparaissent. Ceux des tags sur les murs : « il fait noir au pays des lumières » ou encore « même les Pokémons trouvent que l’époque est morne » … Ceux des enseignes, comme ce magasin de déco baptisé « révolution sauvage » ou cette marque de baskets qui clame « la révolution ne s’arrête jamais ». Et puis les mots de ces visages croisés lors des déambulations nocturnes. 

Le problème c’est que ces mots sont eux aussi saisis comme des slogans. Même si une parole émerge : « Je rêve d’impuissance, je me bagarre contre quelqu’un et je ne peux rien lui faire » dit l’un place de la république, l’autre étudiante en philo et black bock annonce « après le mouvement contre la loi travail jouer un bon rôle dans la société avait perdu son importance », un autre encore, au pied de sa cité « on vit 6 pieds sur terre » puis cette jeune fille, Rose, aussi déterminée que désillusionnée « mes icônes font rêver les vôtre font crever ». 

Partout sourd l’insurrection qui vient et le rejet d’un modèle qui n’a plus rien de viable ni d’enviable. Mais à force d’attraper ce qu’il cherche, à force de vouloir faire parler les signes, le film dit malgré lui « adieu au langage ».

Chroniques

8H50
3 min

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Une balade en automobile dans les méandres de la Seine
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