LE DIRECT
Girl with Balloon

Après la toile auto-détruite de Banksy, une révolution des intermédiaires du marché de l'art?

3 min
À retrouver dans l'émission

Passé le coup d’éclat, de maître, ou de com’, selon les chapelles d’analyses, quel sera l’impact de cette « première œuvre créée en salle des ventes » pour reprendre le vocable fanfaron de la maison Sotheby’s ?

Girl with Balloon
Girl with Balloon Crédits : Ben STANSALL - AFP

Alors que 195 galeries et autres acteurs de l’art contemporain seront représentés pour la 45ème édition de la Fiac à Paris, le récent « autovandalisme » d’une œuvre du street artist Banksy s’invite durablement dans la conversation du marché. 

Passé le coup : d’éclat, de maître, ou de com’, selon les chapelles d’analyses, quel sera l’impact de cette « première œuvre créée en salle des ventes » pour reprendre le vocable fanfaron de la maison Sotheby’s ? 

La « Girl with balloon » de Banksy qui s’est autodétruite juste après avoir été adjugée s’appelle désormais « Love Is in the Bin (« l’amour est dans la benne à ordure »), elle a été authentifiée par Pest Control, l’organe de certification de l’artiste. Son acheteuse a confirmé son acquisition, et désormais elle vaut le double de son prix ! 2 millions d’euros selon l’expertise d’Artprice. Bien. 

Si le street-art s’impose désormais comme une locomotive du marché de l’art- 4 de ses figures, Keith Haring, Shepard Fairey, Banksy et Kaws se classant parmi les dix artistes les plus vendus au monde – le phénomène finira-t-il par échapper au marché lui même tel qu’il est structuré aujourd’hui ? 

Dans l’un des nombreux off de la Fiac, qui s’étend de plus en plus hors les murs, la foire Art Elysée qui en est déjà à sa 12ème édition, présentera pour la première fois dans le secteur historique de l’art contemporain, une œuvre de Space Invador. Ce street artist adepte de la mosaïque sauvage. Représenté par la galerie Le Feuvre& Roze, Space Invador y expose ses « Rubik’s cube sur plexiglas » pour une valeur estimée à 110 000 euros. 

Jusqu’ici c’est la reproduction classique des règles du marché qui s’applique au street-art. Toujours actifs dans la rue, et maître de leurs détournements, les street artistes auraient donc piraté le marché de l’art dans un rapport gagnant-gagnant. 

Du reste l’œuvre auto-sabotée de Bansky lève un vent d’incertitudes. Qu’en sera-t-il des 3 sérigraphies de Banksy qui seront vendues aux enchères chez Art Curial le 24 octobre prochain ? Vont-elles aussi se détruire sitôt attribuées ? « Nous allons être vigilants», annonce l’expert de l'art urbain Arnaud Oliveux en charge de la vente. Après une inspection des cadres et des châssis en quête de broyeuse intempestive, la maison d’enchères découvrira-t-elle médusée un autres procédé de sabordage ? Banksy a-t-il l’intention de reproduire l’exploit jusqu’à ce que ces œuvres, systématiquement détruites aussitôt passé le portillon du marché, ne gonflent plus en valeur ? Tout est possible. 

Mais à travers ce geste c’est aussi toute la chaîne du marché qui pourrait être remise en question. Comme le déclarait à Libération Mehdi Ben Cheikh, galeriste franco-tunisien d’art urbain et d’art contemporain : « Chacun de nous doit repenser son travail ». Et dans le "nous" comprenez : les galeries, les salles des ventes et les musées, entre autres. « Le street-art nous pousse à repenser tout » poursuit-il, « Finalement, ils n’ont plus besoin de nous. Il suffit qu’ils postent la photo d’une œuvre sur leur compte Instagram et écrivent en légende : à vendre…» 

Après la musique et le livre, l’art entre peut-être lui aussi dans la révolution des intermédiaires et de l’autoédition. 

Chroniques

8H50
3 min

La Conclusion

Les stades et les aéroports sont des gestes architecturaux toujours un peu ratés
L'équipe
Production
Réalisation
À venir dans ... secondes ...par......