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Jean Dujardin et Adèle Haenel dans "Le Daim" . (Atelier de production)

Quentin Dupieux, comment passer de la bizarrerie au chef-d’œuvre?

3 min
À retrouver dans l'émission

Dans une époque saturée de raconteurs d’histoire, « Le Daim » de Quentin Dupieux boucle la boucle de son univers et ouvre un nouveau cycle avec une histoire qui n’en a pas l’air.

Jean Dujardin et Adèle Haenel dans "Le Daim" . (Atelier de production)
Jean Dujardin et Adèle Haenel dans "Le Daim" . (Atelier de production)

Pourquoi aller voir un film sur un type qui parle à son blouson ? Dans une époque saturée de raconteurs d’histoire, et une industrie cinématographique dominée par l’obsession du « pitch », variante très commerciale du synopsis, voilà une histoire qui n’en a pas l’air. « Le daim » de Quentin Dupieux avec Jean Dujardin est un petit manuel de dé-formatage.

Mais, pourquoi plus que tous les autres bijoux déviants fabriqués par ce cinéaste dont le premier long métrage s’appelle « Nonfilm », ce qui annonce un certain curetage de la norme ?

Pour mémoire, Quentin Dupieux a mis en scène, entre autres, un pneu serial killer dans « Rubber » en 2010 - qui a beaucoup inspiré le film d’animation « J’ai perdu mon corps » qui vient d’être primé à Annecy. Et en 2014, dans « Réalité », il plante Alain Chabat au milieu du décor à double fond d’Hollywood. Son personnage, un réalisateur, a un magnétophone entre les mains et 48H pour trouver le meilleur cri de l’histoire du cinéma s’il veut que son premier film d’horreur soit financé.

Un point de départ absurde, une drôlerie d’une extrême noirceur, et une mise en abîme du filmeur - celui qu’est Quentin Dupieux depuis l’âge de 12 ans – l’équation des précédents films se pose à nouveau dans « Le daim », sauf que cette fois le cinéaste a trouvé son double.

Si on tentait de résumer « Le Daim », on pourrait dire que Jean Dujardin est cet homme qui quitte tout sans qu’on sache pourquoi et qui se retrouve dans une petite ville de Montagne. Il y noue un pacte faustien avec son blouson en daim : avoir « un style de malade », et en échange, lui devoir obéissance. Sauf que le rêve du blouson c’est de devenir le seul blouson au monde.

Son propriétaire équipé d’une caméra amateur va alors glisser lentement sur une pente psychopathe : les individus deviennent à leur tour des objets, que le personnage utilise ou qu’il supprime, pour parvenir à ses fins. Et sans qu’on démêle vraiment sa motivation, entre la nécessité de finir un film qu’il se découvre en train de tourner, et la volonté propre de son blouson!

Bref, l’œuvre de Dupieux résiste au pitch ou à ce qu’on pourrait attendre de cette expérience cinématographique. Elle est un démontage en règle du pacte de fiction entre les spectateurs et le réalisateur.

L’acteur oscarisé, Dujardin, en fait le moins possible, l’horreur et la peur ne s’installent pas progressivement comme dans « Shining », elles surgissent comme par mégarde sur une musique allègre, tandis que le vibrato de la tension soutient des scènes sans enjeux apparents, accompagnant le héros au distributeur de billets ou suivant sa main qui fouille dans une poubelle...

Quant à Adèle Haenel elle forme avec lui un couple de création, plus que de séduction.

Le film s’auto immunise même contre l’analyse qu’on pourrait en faire et la catégorie «  bizarrerie géniale » dans lequel on voudrait le ranger. A propos des images tournées par le héros Georges/Jean Dujardin, Adèle Haenel, la serveuse qu’il a faussement engagé pour les monter, dit que ça lui plait "ce faux documentaire sauvage". Quant à Jean Dujardin il clame « c’est pas bizarre c’est génial vous pouvez pas comprendre »…

En fait dans « Le daim » le double du film et le double du réalisateur sont des leurres utiles. Ils protègent le film. Pendant ce temps-là Dupieux monte d'un cran, boucle la boucle de son premier univers, et passe le témoin aux spectateurs, encouragés à prendre la caméra à leur tour.

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