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La loi Elan nous ramène-t-elle en arrière?

5 min
À retrouver dans l'émission

L’acte de bâtir n’est pas l’art de bâtir. L’architecture passe-t-elle (de nouveau) après l’urgence de construire ?

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Nouveau site résidentiel Crédits : Janine Schmitz - Getty

Contrairement aux sonorités de son acronyme la loi Elan (pour Evolution du logement, de l'aménagement et du numérique) marque-t-elle un recul? Comme certains architectes le craignent.

Sur le plan parlementaire elle tente d’avancer en tous cas, puisqu’aujourd’hui 28 députés et sénateurs se réunissent dans le cadre de la commission mixte paritaire pour tenter de se mettre d’accord sur un texte de compromis. Cela risque d’être serré, si on en croit l’un des rapporteur du texte, Richard Lioger, qui a évalué les chances de conclusion positive à 50/50. 

Les bookmakers n’on peut être pas ouvert de Paris, mais ce suspens, s’il revêt des apparences techniques, n’en est pas moins palpitant car la loi Elan provoque de nombreux points de dissension. Notamment sur les aménagements de la loi littoral ou la réduction du taux de logements neufs directement accessibles aux handicapés

Je ne me lancerai pas ici dans une liste exhaustive, mais pour revenir à l’esprit de la loi, sa philosophie :  il y réside la volonté de facilité l’acte de construire face aux enjeux sociaux, écologiques et numériques des territoires. L’acronyme choisi lui siérait donc à merveille.

Sauf que l’acte de bâtir, n’est pas l’art de bâtir. Et dans ce projet, les penseurs et les créateurs de cet art de bâtir se sentent écartés. Je parle ici des architectes. 

Par exemple les bailleurs sociaux, c’est à dire l’Etat pas le privé, pourraient se passer de l'organisation d'un concours d'architecture au moment de lancer la construction de logements. Ce qu’on appelle « la conception-réalisation » alors se généraliserait. 

L’architecture au lieu de penser la relation entre les humains, les espaces, et les paysages serait réduite « à portion congrue » si j’en crois les mots d’un collectif d’architectes de renom, parmi lesquels Rudy Ricciotti et Christian de Portzamparc. Ils voient dans la loi Elan un retour en arrière plus qu’une évolution réformatrice.

Un retour au temps où, dans les années 60 et 70, l’Etat a donné les clés de la construction du logement aux grandes entreprises du bâtiment avec leurs barres « vite fait mal fait » et les ravages sociaux que l’on sait. Que dire aussi de ces hameaux standardisés que l’on a vu fleurir avec un sentiment concomitant d’isolement des classes moyennes ?

Enfin, décriée avec fracas par le « monsieur patrimoine » Stéphane Bern, une disposition de la Loi prévoit de rendre non "contraignants" les avis des architectes des bâtiments de France dans les secteurs protégés lorsqu’il s’agit d’installer des antennes relais de téléphonie mobile ou de détruire un habitat indigne. Bref on passerait alors outre leur éventuel refus. 

Au vrai les inquiétudes des architectes face à la loi Elan décrivent tantôt un retour an arrière, tantôt une accélération forcenée. Le questionnement du penseur et urbaniste Paul Virilio qui vient de nous quitter me revient alors : « comment gouverner sous le régime de la vitesse ? ». Cette problématique semble plus que jamais d’actualité.

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