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En mars 2014, Karl Lagerfeld lors du défilé "supermarché" qui présente la collection prêt-à-porter Chanel automne-hiver 2014-2015

Karl Lagerfeld, les défilés comme manifeste

3 min
À retrouver dans l'émission

Derrière les mises en scène de plus en plus spectaculaires il y avait toujours un message. Un signe des temps.

En mars 2014, Karl Lagerfeld lors du défilé "supermarché" qui présente la collection prêt-à-porter Chanel automne-hiver 2014-2015
En mars 2014, Karl Lagerfeld lors du défilé "supermarché" qui présente la collection prêt-à-porter Chanel automne-hiver 2014-2015 Crédits : PATRICK KOVARIK - AFP

"Karl Lagerfeld se défile", tel est le jeu de mot d’adieu de Libération au grand couturier qui n’aimait d’ailleurs pas cette appellation. Dans son hommage, la journaliste Marie Ottavi fait le lien entre la transformation de la silhouette soudain fluette de Karl Lagarfeld, au début des années 2000, et l’ouverture d’une période de shows toujours plus grandioses.

Affecté par la mort en 1989 de celui qui a partagé sa vie pendant 10 ans (Jacques de Basher, dandy désœuvré au sens littéral, c’est-à-dire sans œuvre), Karl Lagerfeld va d’abord tenir en s’épaississant. Au début des années 2000, avec cette formule bravache, il annonce vouloir rentrer dans les costumes étriqués d’Hedi Slimane pour Dior, et se déleste en 13 mois de 42 kilos. A partir de là, l’image du Kaiser de la mode va, elle, s’étendre, et ses défilés rivaliser de démesure. 

En réfléchissant, la seule œuvre de son amour disparu aura été cette grande fête à l’octobre 1977 à la Main Bleue : « la moratoire noire ». Un événement de débauche conçu comme un véritable manifeste.

A l’orée du XXIe siècle, 15 ans après la mort de Jacques de Basher, les défilés Chanel de Karl Lagerfeld vont devenir à leur tour des espaces de création manifestes et éphémères qui semblent vouloir « contenir » le monde.

Dès 2005 au Grand Palais, c’est un ordinateur géant qui trône, à l’heure où les réseaux sociaux inaugurent cette ère qu’on appellera le web 2.0. En 2017, les mannequins défilent au son Giorgio Moroder s’échappant de colonnes informatiques comme dans un grand centre de stockage de données.

Derrière les mises en scène de plus en plus spectaculaires, il y a toujours un message. Un signe des temps. 

L’écologie par exemple avec ce défilé sur banquise en 2010, pour lequel Lagerfeld fait transporter des blocs de glaces de Suède au Grand Palais, dans un geste assez antinomique sur le plan des émissions carbones (!). L’écologie encore, avec une forêt d’éoliennes en 2013, puis une forêt tout court, ou plutôt enchantée en 2018. 

Ramener le monde sous la coupole du Grand Palais comme une image des paysages artificiels où nous serons peut-être condamnés un jour à errer, c’est ce que fait Lagerfeld avec le célèbre défilé de 2009 sur le sable de la plage du Lido. Dernier mirage avant engloutissement ?

Pendant ce temps-là, la course exponentielle continue, et les défilés de Karl Lagerfeld lui tendent un miroir en forme de boule à neige : comptoir de Chanel Air Lines, tarmac d’aéroport, et même décollage de fusée en 2017, c’est tout un imaginaire de la vitesse qui est mis sous cloche.

D’ailleurs ces shows écrivent en filigrane une histoire des mutations de la mode et de son industrie. Du défilé "galerie d’art" en 2013 au défilé "supermarché" en 2015, Lagerfeld livre son regard la tectonique des logos.

Enfin, les grandes arches de l’Histoire s’invitent sur ses podiums. En 2013, c’est un théâtre désaffecté qui se dresse dans le reflet grandeur nature des ruines de Détroit photographiées après la crise des subprimes par Yves Marchand et Romain Meffre.

En janvier dernier, pour la première fois, Karl Lagerfeld était absent aux deux sessions du défilé haute couture printemps-été de Chanel. Une villa à l’italienne et son jardin luxuriant s’étendaient au Grand Palais tandis qu’il neigeait à gros flocons sur la capitale. Se dessinait alors peut-être l’heureux tombeau d’un pharaon de la mode.

Hommage à Karl Lagerfeld

Ce mercredi 20 février, on revenait sur la trajectoire et la personnalité de Karl Lagerfeld à la toute fin des Matins, en compagnie de la journaliste Françoise-Marie Santucci :

Écouter
9 min
Hommage à Karl Lagerfeld, dans "Les Matins" du 20/02/2019
Chroniques
8H50
3 min
La Conclusion
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