LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Le réalisateur Abdellatif Kechiche participe à l'avant-première du film "Mektoub, My Love : Canto Uno" , en septembre 2017 à Venise

Kechiche, la liberté dure trois heures?

3 min
À retrouver dans l'émission

S’enfermer au cinéma et se sentir libre, voir apparaître les limites auxquelles nous avons consenti.

Le réalisateur Abdellatif Kechiche participe à l'avant-première du film "Mektoub, My Love : Canto Uno" , en septembre 2017 à Venise
Le réalisateur Abdellatif Kechiche participe à l'avant-première du film "Mektoub, My Love : Canto Uno" , en septembre 2017 à Venise Crédits : Tiziana FABI - AFP

S’enfermer au cinéma pour se sentir libre, faire trois heures durant l’expérience d’une enclave où tout redevient possible : c’est cet espace que dessine « Mektoub My love, canto uno », le nouveau film d’Abdellatif Kechiche. Et ce qui est intéressant, au-delà de la critique purement cinématographique que je ne vous ferai pas ici, c’est de voir se matérialiser toutes les limites invisibles auxquelles nous nous sommes habituées.

Kechiche l’a dit, il a conçu son film en réponse à un climat de morosité, et d’enfermement. Nous sommes à Sète en 1994 et tout est permis. Ce n’est pas un paradis perdu que nous regarderions avec nostalgie, mais un moyen de ressentir ces petits moins auxquels nous avons consentis, pour mieux reconquérir ces espaces grignotés.

Tout commence avec cette fille qui fait l’amour plein écran avec un garçon qui est déjà l’amant de son futur mariage, et ce troisième jeune homme qui la regarde à la dérobée et la désire sans jalousie. Rien ne pèse, seul triomphe l’appétit.

Puis, ce sont deux filles sur la plage qui se laissent embarquer par deux garçons, sans que ça ne tourne pas mal. Cinq minutes de drague, et les corps s’enlacent déjà dans les flots. Dans le film de Kechiche, qui s’ouvre sur une exergue des Evangiles et du Coran, il n’y pas de péché originel, juste un désir brut, et rien de tout cela ne se paiera. 

Entraînées dans le quartier des garçons, où la famille fait tourner des restaurants tunisiens, les jeunes recrues sont reluquées, commentées, alpaguées par les cousins et les oncles, évaluées par les mères et les tantes. Les danses sont abrasives, l’ivresse gagne les corps, les fesses remuent scandaleusement et de plus belle. 

Une géométrie sensuelle s’est ouverte, où toutes les combinaisons sont possibles, de partenaire en partenaire. Rien ne respire le danger, et à sentir cette garde se baisser, soudain, on prend conscience qu’elle existe belle et bien. Insidieusement. Comme on prend conscience aussi en pointillé, de cette remarquable absence des portables, et ce qu’ils auraient ajouté d’interface s’ils avaient été là.

Ce qui apparaît aussi en creux, c’est le formatage des corps. Ici, ils débordent de pulpe, plus les fesses sont rondes plus elles sont désirables. Prenant toute l’image, débordant le cadre. Et les quelques mannequins égarées, il faut le dire, sont les grandes perdantes de ces jeux de l’amour et du hasard.

Enfin c’est le format du cinéma qui explose en creux lui aussi. Les temps de la narration sont éclatés, une scène de plage, de bergerie, ou de discothèque peut s’étendre presque à l’infini. Ce n’est pas l’économie du scénario qui guide les séquences, ce sont elles qui le dominent, comme si elles étaient vivantes. Et là aussi Kechiche nous fait voir les bornes de nos yeux usés de spectateur pour mieux les exploser.

Intervenants
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......