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Que peut la fiction dans le deuil des attentats ?

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À retrouver dans l'émission

Proposer une fiction cinématographique sur les attentas du 13 novembre 2015 revient à marcher sur une crête et voir la récupération, la maladresse, et la caricature danser dans les précipices.

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Tous les sentiments qui ont animé la France bouleversée par les attentats de ces dernières années, ont trouvé une interface d’expression immédiate : les écrans. Ceux des réseaux sociaux où l’on a cherché parfois les survivants, où l’on a partagé un effroi collectif, où on l’on a du bâtir, enfin, des mausolées. Mais aussi les écrans médiatiques, où le flot des images baby-sittaient en continue nos âmes zombifiées. 

Dans cette interface saturée, il reste pourtant des images manquantes. Des entretiens, des témoignages, des reportages, des documentaires comme « Fluctuat Nec Mergitur » ont tenté de recoudre ce récit. Des œuvres littéraires aussi. Mais la fiction, comment peut-elle participer à ce deuil ? 

C’est marcher sur une crête, et voir la récupération, la maladresse, la caricature danser dans les précipices. A fortiori quand il s’agit d’images de fiction. Pourtant le cinéma peut et sait accompagner un deuil collectif. Que serait la séquence de l’après guerre du Vietnam aux Etats-Unis sans Taxi Driver et  Apocalypse Now

Le terrain est plus que glissant pour qui s’aventure aujourd’hui dans l’écriture d’un film sur les attentats qui ont meurtri la France ces dernières années. Pourtant il faudra bien s’y essayer si l’on croit au pouvoir du cinéma face à ses béances traumatiques. Sept ans après la tuerie du terroriste d’extrême-droite Anders Behring Breivik sur l’île d’Utoya en Norvège, trois long métrages sortent à quelque mois d’intervalle. 

Trop tôt ou trop tard la question de la temporalité dans laquelle interviennent ces récits fictifs occupe parfois le débat. Denis Villeneuve a bien attendu 20 ans après la tuerie de l’Ecole polytechnique de Montréal en 1989, pour sortir Polytechnique. Y aurait-il un sas temporel minimum pour la fiction ? 

Au vrai, tout est évidemment question de manière. Avec ce danger, celui d’installer une fiction qui reprend les codes de tant d’autres évènements traumatiques, comblant les images manquantes par des stéréotypes interchangeables. 

Alors pour répondre à sa manière à ces enjeux, le film de Mikhaël Hers, Amanda qui sort aujourd’hui en salle, reflète plus qu’il ne transpose à l’écran l’horreur des attentats du Bataclan et de l’Est parisien le 13 novembre 2015. D’ailleurs ne cherchez pas, vous ne trouverez aucun indice sur l’affiche, c’est une petite fille dans un ciel bleu avec son vélo…

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Amanda construit son récit autour d’un attentat tel qu’il aurait pu se produire, un jour dans un parc, où les gens seraient venus pique niquer, se promener, s’embrasser. C’est le souffle de vie d’une ville éteint par des rafales de Kalachnikov qui reste. C’est un jeune homme, Vincent Lacoste, qui doit trouver le chemin d’une paternité accidentelle avec sa nièce, Isaure Multrier. 

Mais de l’attentat on ne voit que l’après celui de ceux qui sont arrivés peu avant les pompiers, de l’hôpital on ne perçoit que la sortie, des mots pour dire ce qui s’est passé on n’entend que les bribes. Paradoxalement c’est précisément tout en manque et en ellipses que le film parvient à combler un peu de cette béance. Il chasse par là-même les postures imposées du deuil, pour ouvrir aux spectateurs comme aux personnages un espace intérieur pour cheminer vers leur propre récit.    

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