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Photo de Jérémie Renier dans "L'Ordre des médecins"

Un cinéma français en blouse blanche

3 min
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« L’ordre des médecins » sort aujourd’hui en salles, on y verrait presque un nouveau genre du cinéma français : l’immersion dans le quotidien des hôpitaux. Mais avec quelle spécificité ?

Photo de Jérémie Renier dans "L'Ordre des médecins"
Photo de Jérémie Renier dans "L'Ordre des médecins" Crédits : Copyright Pyramide Distribution

« L’ordre des médecins » le premier long métrage de David Roux sort aujourd’hui en salles, et on y verrait presque une tendance du cinéma français à s’immerger dans ce quotidien des hôpitaux ou de leurs futurs internes, après le succès des films de Thomas Lilti. Pour rappel : « Hippocrate », « Médecin de Campagne », « Première année », puis la série « Hippocrate ».

Rechercher des points de comparaison ou de distinction entre ces différentes propositions aurait peu d’intérêt pour comprendre les œuvres, mais ce qui se dessine assurément c’est une autre manière de représenter cet univers médical longtemps caricaturé.

Dans une série comme "Urgences", ce que l’on suit au fond c’est une histoire de bureau « office drama » comme disent les anglo-saxons, sur fond de péripéties médicales. Quant à la série « Dr House », elle a transformé le diagnostique en art du suspens. 

Mais la patte française interroge l’humain face à cette vocation. A la fois son engagement de Sisyphe pour l’éternité, et les enjeux éthiques qui font son quotidien. A fortiori dans un contexte doublement pressurisé, celui d’une demande de rentabilité accrue, et celui d’une société où les progrès de la médecine nous font toujours espérer qu’on pourra tenir la mort à distance.

« L’ordre des médecins » suit la trajectoire de Simon, pneumologue incarné par Jérémie Renier, et il y est très vite question de mots davantage que d’opérations ou de diagnostiques. 

L’essentiel soudain réside dans le choix du discours. Ce que l’on peut dire et quand à un patient. Comment l’humanité se tient dans un langage. Comment éviter les formules qui relèvent de la « plomberie  humaine » ? Ces descriptifs lointains de tuyauterie défectueuse sur laquelle on tente d’intervenir. 

Comment chasser l’automatisme d’encouragements utopiques et de formules toutes faites qui s’adressent moins au patient qu’à l’idée que l’on se fait de son métier ? Qu’est-ce que l’on fait ou dit davantage pour soi, pour tenir dans ce vortex émotionnel où rôde la mort, plus que pour ceux que l’on soigne ?

Lorsqu’un jeune interne annonce à une patiente atteinte de mucoviscidose et clouée sur son lit d’hôpital depuis 6 mois, que ça va aller, qu’elle va s’en sortir, lui parle-t-il vraiment à elle ? Ce sont toutes ces subtilités que le personnage de Jérémie Renier arrive à connaître, ce sont dans ces interstices que se déplie son éthique. Jusqu’à un certain point. Quand la vie personnelle vient perturber cet équilibre si fragile. C’est l’arrivée de sa mère hospitalisée pour une septicémie…

Accompagné par la voix mélancolique de « la Nina Simone française », Colette Magny, « L’ordre des médecins » filme alors le désordre que provoque l’imminente disparition, et cherche son éthique à lui, celle d’un cinéma sans pathos. Il trouve alors le langage pour dire ces pulsions de vie qui naissent de la mort, puis laisse derrière une vitre pudique, éclater enfin les sanglots.

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