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Catherine Deneuve

Produit-on trop de films en France ?

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« On tourne trop de films en France aujourd’hui » selon Catherine Deneuve. A priori la multiplication des propositions cinématographiques devrait nourrir toujours plus de talents. Et pourtant...

Catherine Deneuve
Catherine Deneuve Crédits : John MACDOUGALL - AFP

Elle est comme ça Catherine Deneuve, accordant un entretien au Monde pour soutenir la sortie de « L’Adieu à la nuit », sa huitième collaboration avec André Techiné en quarante ans de création. Elle est interrogée alors, sur l’évolution du « milieu du cinéma ». Sa réponse est radicale : « je trouve, pour aller à l’essentiel, qu’on tourne trop de films en France aujourd’hui ».

Trop de films ? Comment la multiplication des propositions cinématographiques et donc des regards pourrait-elle être poser problème ?

A priori cette diversité n’est pas un jeu à somme nulle. Pourquoi la vitalité globale du secteur ne nourrirait-elle pas, au contraire, toujours plus de talents ?

La France ne peut-elle pas s’enorgueillir d’afficher 300 productions par an, la plus forte fréquentation de salles de cinéma en Europe, et une résistance unique au flot filmique des studios hollywoodiens ?

Dans le même entretien, Catherine Deneuve précise qu’il est plus simple sur le plan technique, et comme sur celui de la mobilité, de faire des films. Ce qui a facilité « le passage à l’acte » dit-elle avec en parallèle « moins d’exigence dans l’écriture ». 

Derrière la vitrine quantitative et la victoire de l’exception française, il faudrait donc voir un affaissement qualitatif. Non pas, que tous les longs métrages baissent de niveau, mais qu’au fond les bons se retrouvent noyés dans la masse. La faute aux films, je cite encore Deneuve, « qui sortent en salle n’y ont pas forcément leur place » … La notion même de cinéma se serait en quelque sorte moins démocratisée que galvaudée. Provoquant une surproduction nuisible aux « vrais » films. 

Il se trouve que ce point de vue s’aligne sur les profondes interrogations qui traversent le secteur. Dans le cinéma comme dans l’édition, le rythme frénétique de sorties et l’opulence d’une offre pas toujours très regardante en termes de qualité, ont engendré des effets pervers comparables.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la surproduction de livres et de films a abouti à un turn over écrasant. Au total, 12 à 20 nouveaux films doivent se trouver chaque semaine une place dans un réseau de moins de 6 000 salles. Combien n’en atteindront que deux ou trois ? Et nombreux sont ceux qui ne dépassent pas les 2 à 3 semaines d’exploitation. Ils apparaissent et disparaissent aussitôt… Comme tant d’ouvrages qui ne tiennent pas deux semaines sur les tables des librairies.

La question n’est pas de pointer les vilains gros tirages ou grosses productions qui étoufferaient des gentilles œuvres au statut littéraire ou cinématographique plus « certain ». Qui en est juge ? Et, en quoi les spectateurs et les lecteurs ne pourraient-ils pas passer de l’un à l’autre ?

La question est de remonter à la source. De regarder en face les paris courts termistes et la course à la rentabilité. Ces auteurs ou réalisateurs qu’on signe pour faire un coup ou sur un nom, sans tenir compte du projet. Ces opérations marketing qui jouent à la roulette avec le marché… D’ailleurs certaines productions ne pourraient-elles pas viser directement la VOD ?

Deneuve n’a pas tort : les tentatives audacieuses ont aujourd’hui moins de chance de voir le jour ou d’être dignement accompagnées. Et cette surproduction nuit in fine à la diversité.

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