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Une plainte collective a été déposée avant le week-end à l’encontre d’«Universal Music» pour l’incendie survenu en 2008.

La Notre-Dame de la musique a brûlé, et nous regardons ailleurs

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11 ans après, le New York Times Magazine révèle la disparition de 500 000 enregistrements musicaux originaux mais l’information n’a pas suscité la même émotion patrimoniale.

Une plainte collective a été déposée avant le week-end à l’encontre d’«Universal Music» pour l’incendie survenu en 2008.
Une plainte collective a été déposée avant le week-end à l’encontre d’«Universal Music» pour l’incendie survenu en 2008. Crédits : GABRIEL BOUYS - AFP

Imaginez qu’on apprenne 11 ans après l’incendie de Notre-Dame ? C’est presque le cas depuis qu’une enquête d’une New York Times Magazine a révélé « le plus grand désastre de l’histoire de l’industrie de la musique ». En 2008 suite à un incendie dans les studios Universal, à Hollywood, 500 000 enregistrements originaux des plus grands artistes ont disparu en fumée.

C’est donc une véritable cathédrale musicale qui a brulée. Tous genres confondus. Billie Holiday, Louis Armstrong, Duke Ellington, Ella Fitzgerald, John Coltrane, Charles Mingus, Etta James, John Lee Hooker, Chuck Berry, Al Green, Aretha Franklin, Eric Clapton, Barry White, The Police, Iggy Pop, Sonic Youth, Nirvana, Snoop Dogg, Eminem ou encore Tupac et Tom Petty, dont les ayants droits viennent de déposer une plainte collective contre le numéro 1 mondial de la musique.

Mais l’information n’a pas suscité la même émotion d’abord parce qu’elle a été cachée pendant plus de 10 ans, ensuite parce que le patrimoine musical ne jouit pas d’une même statut que les autres trésors artistiques.

Commençons par la dissimulation. Le 1er juin 2008 quand le feu s’est déclaré dans les studios Universal, qui regroupent entre autres des plateaux de tournages, un parc d’attraction, et des entrepôts de décors ou d’archives, il a fallu 24h pour le maîtriser. Suite à quoi le groupe Universal déclarait que seules l'attraction «King Kong» et des copies de vieux films avaient brûlé. 

Mais dés le mois de mars 2009 une note confidentielle fait état de 118 230 œuvres musicales parties en fumée, puis un autre rapport interne évoque ensuite 500 000 titres détruits. Il est alors écrit noir sur blanc qu’« une immense partie de notre patrimoine musical a sans aucun doute été perdue dans l’incendie. »

Pourtant alors qu’Universal Music Group promet « la transparence » aux artistes et aux ayants droits, un communiqué de la firme minimise les dégâts, affirmant que l’incendie « n’a jamais affecté la distribution des musiques déjà publiées ni le revenu des artistes ». Mais enfin là n’est pas le problème ! Faut-il comprendre que si les originaux ont brûlé, comme la machine à cash des copies tourne toujours, nous pouvons regarder ailleurs ?

C’est toute la question de la place des enregistrements originaux au sein du patrimoine musical qui est en jeu. Les instruments, les partitions, les traces de la tradition orale sont bien conservées dans différents musées et bibliothèques mais quid de ce troisième pilier du patrimoine musical, celui des sources sonores ? Ne faut-il pas s’interroger sur une telle concentration d’originaux dans un espace privé aux moyens de conservation insuffisants ?

Bien sûr ce patrimoine là n’est pas évident. Si on enregistre de la musique depuis 1880, globalement on en n’écoute de cette façon que depuis un siècle. Il faut donc faire preuve de pédagogie. 

Pour bien comprendre la valeur de ces sources musicales originales et à fortiori quand elle sont conservées en pistes séparées, il faut intégrer que c’est la trace la plus fidèle de la création musicale, l’archive de la musique éphémère qui a été produite dans un studio. Au-delà des improvisations jazz d’un Coltrane par exemple, la pop ou le rock naissent aussi de l’émulation in vivo pendant l’enregistrement. Ces masters orignaux sont donc des documents capitaux sur le plan de l’histoire de la musique.

En plus ce sont les sources à partir desquelles on transpose la musique sur les différents supports : CD, Vinyl etc. Comme les technologies évoluent, faudra-t-il faire une nouvelle version de ces titres seulement à partir des copies et plus des originaux ? Restaure-t-on un Van Gogh ou la copie d’un Van Gogh ? Non. L’analogie picturale c’est sûrement par là qu’il faudra en passer pour que ces sources acquièrent leur véritable statut de patrimoine. Andy Zax, un producteur cité par le New York Times le dit très bien : «Il n'y a pas besoin d'être Walter Benjamin pour comprendre qu'il y a une grande différence entre un tableau et la photographie de ce tableau » !

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