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L'Origine du monde de Gustave Courbet

« L’Origine du monde » a un nom !

4 min
À retrouver dans l'émission

Le scoop du siècle ? Il aura fallu attendre 152 ans pour que nous connaissions son visage, le modèle de « L’Origine du monde » de Gustave Courbet vient d’être dévoilé. Mais que signifie cette découverte ?

L'Origine du monde de Gustave Courbet
L'Origine du monde de Gustave Courbet Crédits : Musée d'Orsay / Wikicommons

La femme « nue et convulsée » que décrivait Maxime Du Camp l’écrivain ami de Flaubert, et ennemi de Courbet, se prénomme donc Constance Quéniaux. Dans le grand roman de cette toile qui continue encore de s’écrire, c’est une page décisive qui nous est donnée à lire. 

Claude Schopp, spécialiste de Dumas père et fils, a percé ce mystère dans les plis de la correspondance de George Sand et Alexandre Dumas fils. L’écrivain, hostile à la Commune de Paris, s’en prenait au peintre Gustave Courbet, figure de cette révolte populaire, dans une lettre datant de juin 1871. Et au tableau des reproches figurait cette phrase « On ne peint pas de son pinceau le plus délicat et le plus sonore l’interview de Mlle Queniault de l’Opéra ».

En confrontant la transcription au manuscrit original conservé à la Bibliothèque Nationale de France, Claude Schopp a découvert que ce n’était pas « l’interview » de Mlle Queniault » (anachronisme absurde), mais « l’intérieur » de Mlle Queniault… Illumination ! Pour Sylvie Aubenas, directrice du département des estampes et de la photographie de la BNF, nous sommes donc sûr à 99% aujourd’hui que le modèle de L’origine du monde est bien Constance Quéniaux.

Evidemment, certains y verront un dévoilement superflu voire une atteinte à la puissance de l’œuvre. L’Origine du Monde tient en effet sa force dans l’incroyable magnétisme de ce corps renversé qui bouscule toutes les hypocrisies érotiques de l’époque. Car précisément il n’y a pas de modèle. Pas de prétexte mythologique non plus. C’est un cadrage brut du corps, où seul émergent la carnation des cuisses, du ventre, du sein en pointe sous le drap, et au centre la toison pubienne qui surmonte une fente gonflée de désir.

Donner un visage et un nom à L’Origine du monde relèverait-il du contresens esthétique ? 

Non car cette information a d’abord la vertu de dissiper les spéculations précédentes. Ce n’est en effet pas la première fois qu’on prétend découvrir le visage de L’Origine du monde !

En 2013 un portrait extatique de Joanna Hiffernan, maîtresse de Courbet durant l’été 1866, année où il réalise L’origine du Monde pour le diplomate ottoman Khalil Bey, avait été présenté comme la partie supérieure et découpée de L’Origine du Monde. Scénario faussaire démonté par les analyses du Musée d’Orsay proclamant alors « L'Origine du monde n'a pas perdu sa tête » ! D’autres noms ont aussi circulé comme celui Jeanne de Tourbey, maitresse de Khalil Bey, mais femme trop en vue pour être alors le modèle de cette toile.

Savoir qu’il s’agit de Constance Quéniaux, ancienne danseuse et maîtresse du même Khalil Bey, qui cachait l’oeuvre dans son cabinet de toilette, c’est aussi tirer un fil merveilleux sur le mystère de l’inspiration de Courbet pour ce tableau. 

Tant de scénarios ont été imaginés… Aujourd’hui cet hommage à l’amante du commanditaire, n’en est pas moins l’audace picturale d’un Courbet pourfendeur de l’hypocrisie. Et ce qui choque Alexandre Dumas fils, c’est qu’on atteigne à la réputation de celle qui est devenue une femme de bien. Il en fait un procès moral pour discréditer ce communard de Courbet et par là même tous ces révolutionnaires pervers.

Enfin et surtout, grâce à cette découverte le corps de cette femme a un nom et un visage, elle redevient sujet. Soudain un autre tableau de Courbet prend une nouvelle dimension, et apporte en quelque sorte la réponse du peintre à ses détracteurs. C’est un bouquet de fleurs. On y voit à droite les camélias rouges et blancs, « fleurs vouées aux courtisanes depuis Dumas fils » , et au centre une plante grasse à la corolle rouge épanouie. Voici donc le sourire de Constance et de L’Origine du monde jeté à la face de tous les tartuffes, pour des siècles et siècles. Amen. 

Chroniques

8H50
3 min

La Conclusion

François Asselineau
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