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Capture d’écran du premier « 20 heures » du « Média », diffusé lundi 15 janvier.

Crise au "Média", les leçons de journalisme finissent mal en général

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Proposer une alternative indépendante face aux médias dominants, mais aussi indépendante à l'égard de la France Insoumise, tels étaient les enjeux du "Média". Un mois après le lancement, bilan plus que mitigé.

Capture d’écran du premier « 20 heures » du « Média », diffusé lundi 15 janvier.
Capture d’écran du premier « 20 heures » du « Média », diffusé lundi 15 janvier. Crédits : Capture d'écran

Les leçons de journalisme finissent mal en général. Mais sont-elles vaines? La séquence vous la connaissez peut-être, en trois jours deux journalistes ont dû quitter Le Média, web-télé participative lancée le 15 janvier dernier, et co-fondée par deux proches de Jean-Luc Mélanchon, Sophia Chikirou et Gérard Miller. 

Proposer une alternative indépendante, au regard des médias traditionnels ou dominants, mais aussi indépendante à l'égard de la France Insoumise, tels étaient les enjeux de ce début d’exercice. Les engagements du « manifeste pour un média citoyen »  publié en septembre dans Le Monde et signé au-delà de la sphère des Insoumis, sont clairs je cite :  « Nous appelons à soutenir la création d’un nouveau média fondamentalement alternatif par sa gouvernance, son modèle économique et son fonctionnement ». 

L’indépendance financière existe oui, par le financement participatif. L’alternative éditoriale aussi, avec une forme de « contre 20H » qui fait une large place à l’international, aux initiatives sociales, ou au décryptage longuement détaillé de la loi sur les demandeurs d’asile par exemple. Mais sur le plan du fonctionnement et de la gouvernance en revanche premier hic. Seulement un mois et demi après le lancement de ce nouveau média citoyen, dans une lettre de départ, publiée sur plusieurs sites d’information, la journaliste et co-présentatrice du JT du Média Aude Rossigneux fait état de la « brutalité » avec laquelle elle a été écartée, qui selon elle « n'est pas exactement conforme à l'idée que chacun se fait d'un management de gauche». Elle évoque même des troupes motivées mais épuisées pas loin du « burn out » comme le montrent, d'après elle, certains arrêts de travail. Le tout dans un contexte d’audiences en berne : Le Média a chuté progressivement sur YouTube, passant de 50 000 vues par journal à environ 15 000. 

Dans la foulée, deux jours plus tard, c’est l’ancien journaliste et maire de Bègles, Noël Mamère qui annonce son retrait du Média. En cause « l'atmosphère » autour du départ de la présentatrice mais aussi, deuxième hic, des « raisons journalistiques » dans le traitement du conflit syrien comme il s’en est ouvert sur notre antenne.

Prenons le premier "hic" celui qui concerne la gouvernance. La réponse du Média se fera dans un communiqué où les journalistes affirment ne pas se reconnaître "dans la description qu'Aude Rossigneux dresse de la rédaction et du Média". Entre temps un document interne de la direction dénonçant une « fake news » et s’en prenant à sa « déloyauté » aura fuité. Une journaliste doublement lâchée et accusée de « fake news » au pays de l'information citoyenne ça fait tâche. Bien sûr tous les « médiacrates », les membres du « parti médiatique » pour reprendre la langue de Jean-Luc Mélanchon, se sont livrés à une attaque en règle du Média après cette crise. Or, si le constat de départ a du sens - sur les pouvoirs financiers qui contrôlent les médias dominants, sur la nécessité d’un pluralisme journalistique, sur la conviction héritée du musicien et militant écologiste américain Jello Biafra qu’il ne faut pas détester les médias mais devenir un média -  la mise en œuvre mérite en effet des critiques.

Prenons le deuxième hic, il concerne l'aspect journalistique. Rassemblés lundi pour un point explicatif adressé notamment aux « socios » (les membres participatifs du Média), la rédaction autour de Sophia Chikirou a tenté de calmer la tempête. Et c’est sur la question de la Syrie que le temps des explications a été le plus long. Réaffirmant ne pas vouloir diffuser des images qui pourraient provenir de Bachar Al Assad comme des rebelles, Le Media dit refuser « le sensationnalisme et l'info-fiction ». Pourtant comme l'a rappelé l'AFP, dont les journalistes loin d’être hors sols risquent leur vie sur place, « ces images relèvent de l'information pas du sensationnalisme ». Alors que se passe-t-il ? Le Média ne mentionne pas non plus les enquêtes concernant le financement de la campagne de Jean-Luc Mélanchon sorties la semaine dernière. Trop sensationnaliste ? Info-fiction ? 

En réalité, Le Media pose la question du média alternatif mais y répond par un média d’opinion. Il ne devrait pas se présenter comme un contre-pouvoir journalistique indépendant, mais bien comme un organe affilié à la France Insoumise. Ce serait moins fake.

Mise à jour : Gérard Miller a annoncé depuis que les journalistes ayant enquêté sur les comptes de campagne de Jean-Luc Mélanchon serait reçus par Le Média. A suivre.

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