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L'acteur Brady Jandreau à Paris, le 12 mars 2018

Le cowboy, ce héros tronqué ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Le cowboy n’est pas celui que vous croyez, le cowboy est un indien, le cowboy est noir, le cowboy pleure.

L'acteur Brady Jandreau à Paris, le 12 mars 2018
L'acteur Brady Jandreau à Paris, le 12 mars 2018 Crédits : STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

Dans un imaginaire dominé par John Wayne et consorts, des figures alternatives et réelles font irruption au cinéma, au musée, dans la musique.   

Prenez le film « The Rider », Grand Prix au festival de Deauville, qui sort aujourd’hui. La cinéaste américaine Chloé Zhao a rencontré dans le Dakota du Sud, dans la réserve indienne de Pine Ridge, un groupe de cowboys qui sont à la fois des Sioux et d’authentiques cowboys. Ils portent des plumes à leur chapeau en l’honneur de leurs ancêtres – des cowboys indiens – et vivent de dressage de chevaux sauvages et de rodéo. 

« The Rider » n’est pas un documentaire mais un film où les personnages fictionnalisés jouent leur propre rôle. Le héros Brady, véritable cowboy-indien, appartient à la tribu Sioux des « Brûlés ». Depuis l’âge de huit ans, il vit dans cette tradition, ces rituels transmis par son père, et ces codes masculins : « Sois un homme », « Serre les dents », « Sois un vrai cow-boy »… Brady aura le crâne écrasé par une jument lors d’un concours de rodéo, et « The Rider » choisit de suivre ce personnage bien réel, dans sa convalescence, et ce destin de cowboy, le seul qu’il envisage. 

Dans ce western de l’Amérique contemporaine, ce que l’on découvre, c’est que non seulement les cowboys sont des indiens, mais qu’ils sont cassés. Que cette communauté de cowboys non solitaire est faite de corps brisés par les ruades, parfois paralysés à vie, se repassant en boucle des images de gloire avant la chute fatale… Ils ont le sifflement amer… Et leur véritable mantra est : « chevauche ta douleur ». Image d’une Amérique fracturée, qui tente de tenir bon dans un mythe étroit, et l’illusion d’un rêve américain qui tient lieu d’espoir aveugle.   

Le film « The Rider » n’est pas le seul à réfléchir une image plus nuancée et diversifiée du cowboy de Western. Dans sa première exposition institutionnelle française, au Musée d’Art Moderne à Paris, l’artiste franco-algérien Mohamed Bourouissa, s’est emparé du mythe pour le renverser. Les cowboys sont urbains, montent de père en fils dans le quartier de Fletcher Street à Philadelphie, ils sont afro-américains, n’ont ni chapeau, ni chemise à pression, ni santiags, mais de larges t-shirts portés sur des jeans et des baskets basses. Ce sont des « Urban Riders ». 

Et dans le film de Mohamed Bourouisssa, au cœur de l’exposition, on les entend dire : « John Wayne était blanc ou noir ? - Noir !  Nous sommes tous des John Wayne ». Voilà pourquoi sur ses dessins, Mohamed Bourouissa réinjecte ces cavaliers dans les story board de la « Prisonnière du désert ». Il réintègre littéralement leur histoire dans un réseau symbolique de représentations qui les ignoraient. 

On le sait aujourd’hui, grâce à des travaux universitaires, un quart des cowboys étaient des hommes noirs. Leurs histoires (celle de Bill Picket, Nat Love ou Mathew Hooks) ont nourri des westerns qui les ont blanchis. Comme le rappelle le chanteur de country Don Flemmons dans l’album qu’il vient de publier « Black Cowboy ». Un autre geste artistique et politique, pour rappeler en effet à l’Amérique qu’elle se fonde sur des mythes tronqués.

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