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Affiche du film "Diamantino"

Diamantino, néo Candide kitch

3 min
À retrouver dans l'émission

En ces temps obscurcis et si le conte de Voltaire revenait ?

Affiche du film "Diamantino"
Affiche du film "Diamantino" Crédits : X

Candide a bien changé, c’est normal nous sommes XXIème siècle, et « tout va pour le pire dans le meilleur des mondes ». Le discours rationnel semble pris dans une impasse, et l’époque est aux Pangloss. Personnage de métaphysco-théologo-cosmolonigologue qui, chez Voltaire, a une fausse explication à tout. 

Pour provoquer la réflexion, rien de telle que le rire philosophique. C’est là que le film « Diamantino » intervient, premier long métrage d’un duo de réalisateurs venus de l’art contemporain Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt. 

Diamantino est le meilleur joueur foot du monde. Il ressemble un peu à Christiano Ronaldo mais quand il est sur le terrain son père le compare à Michel Ange. Si les nouvelles églises sont des stades, les tirs de Diamantino sont si sublimes qu’ils redonnent la foi. 

Diamantino quand il joue lui il voit des chiens poilus. Des adorables toutous géants qui envahissent le terrain dans un bain de mousse rose… Et là il marque ! Si chez Voltaire, le récit du conte est confié à un narrateur extérieur, l’idée ici est de laisser la voix off à ce néo Candide. 

Ah oui j’oubliais de préciser que Candide enfin Diamantino est aussi Cendrillon : il a des sœurs harpies et veules, qui le frappent et le traite de « fiotte » en permanence. 

Mais surtout Candidiamantino va avoir une « épiphanie », la rencontre avec des réfugiés : « des gens qui se sont enfuis et qui sont à la surface de l’eau ». 

Il n’a jamais vu autant de détresse, et maintenant sur le terrain les chiens poilus ne lui apparaissent plus, ils ont été remplacés par la mer, ce tombeau. C’est décidé Diamantino va adopter un ptit « fugié » et lui donner ce qu’il y a de meilleur des gaufres à la chantilly et du jus Bongo. 

Quand les discours xénophobes affrontent ceux de l’hospitalité dans un jeu réglé plus rien ne semble audible. Avec Diamantino c’est tout notre regard sur les crises contemporaines qui est pris à contrepied. Mais pas seulement grâce à la naïveté. 

Diamantino c’est aussi pierre multi-face dans laquelle brille toute l’imagerie contemporaine. Notre cerveau est ainsi fait aujourd’hui qu’il vit dans un temps linéaire où toutes les fictions et les niveaux de réels entrent en carambolage. Pourquoi continuer à produire des récits qui font semblant de le voir ? 

Aussi Diamantino est un grand mash-up. Les images Getty et les détournements venus du net côtoient la science fiction façon X Men, mais aussi James Bond, la pub, et les comédies romantiques. Le tout dans un pays qui se trouve être le Portugal mais qui est avant tout une démocratie actuelle, avec ses enjeux actuels : la crise des réfugiés, mais aussi la montée des nationalismes d’extrême droite, et l’évasion fiscale façon Panama Papers. A travers le conte ils apparaissent comme chez Voltaire dans toute leur absurdité.

Enfin si ce nouveau Candide se déroule au Portugal cela n’est pas tout à fait un hasard, le foot mis à part. Le chapitre 5 du conte de Voltaire évoque le séisme de Lisbonne en 1755, et c’est bien le marqueur de ce moment où les hommes vont cesser d’attribuer les catastrophes à la providence pour en prendre pleinement la responsabilité.

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