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Une classe au cours d'une leçon de musique

Les enjeux de la France post flûte à bec

3 min
À retrouver dans l'émission

A dire vrai le « plan chorale » m’a d'abord laissé une impression surannée : une France en blouse qui reprendrait les bons refrains d’antan.

Une classe au cours d'une leçon de musique
Une classe au cours d'une leçon de musique Crédits : skynesher - Getty

C’est une mesure qui tient à chœur (le jeu de mot est tentant), au ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer. A la rentrée 2018, tous les collèges pourront offrir une option éducation musicale à raison de 2 heures par semaine. Soit le double du temps attribué généralement aux chorales dans les collèges où elles existent. Un plan évalué à 20 millions d’euros. 

Le développement de chorales sera également encouragé dans les lycées professionnels dans le cadre d'une "grande modernisation pédagogique" de l'enseignement  professionnel.  

La bonne nouvelle, c’est que le ministre oeuvre contre un fléau dont la France a eu du mal à se débarrasser : la flûte à bec. Sur laquelle nombre d’entre nous ont souffert, sans parler des  professeurs à qui était infligé cette séance de torture… 

Il en a lui même fait les frais en tant qu’élève, Jean-Michel Blanquer, et dans une interview au site « jeune » Kombini, il le reconnaissait : « l’extinction de la flûte à bec est une bonne chose ». 

A dire vrai ce « plan chorale » m’a d'abord laissé une impression surannée. Pour ne pas dire rétro voire « pensionnat de Chavagnes ». Une France en blouse qui reprendrait les bons refrains d’antan. 

Pourtant, nous le savons, cette pratique musicale, entre autres, facilite non seulement le développement cognitif mais aussi le développement social.  Ecoute, partage, esprit d’équipe, empathie, la chorale est ce lieu où même celui ou celle qui chante faux, ou qui pense chanter faux, s’intègre. De là à y voir l’expérience parabolique d’une harmonie sociale, il y a moins d’un octave. 

Mais depuis sa création en 1983, celle qu’on appelle dans le jargon l’EAC l’éducation artistique et culturelle est affublé d'un fâcheux surnom : le serpent de mer. Toujours mise en avant par les différents ministres comme un objectif prioritaire mais peinant à se concrétiser, se heurtant régulièrement à ces obstacles que sont le pilotage entre le deux ministères, la question des moyens financiers, et enfin le contenu à donner à cet enseignement. 

On progresse néanmoins depuis le PEAC « parcours d’éducation artistique et culturelle » en 2013 et l’adoption en 2016 d’une charte signée par tous les membres du Haut conseil de l’éducation artistique et culturelle, qui  inclue les collectivités territoriales et les acteurs culturels. Objectif : ne laisser personne de côté. Parce que tout le monde n’a pas le fils d’un chanteur pop qui vient faire une rencontre dans la classe, ni  des professeurs qui développent des projets engageants.  

Dans le cas du « plan chorale », la question de la formation se pose forcément. Et celle corollaire du contenu. Comment seront interprétés ces 20% du programme de chœur qui devront être en lien avec les valeurs de la République ? Comment faire pour éviter qu’une classe A se retrouve avec un répertoire "plan plan" et une classe B des hymnes en phase son époque? Enfin l'éducation musicale peut-elle se limiter à la chorale?

Voilà pour les enjeux saillants de ce plan, qui posent aussi la question des moyens, sans lesquels il restera un vœu pieux de plus dans l’histoire culturelle de la France. 

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