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La Basilique Saint-Denis au coucher du soleil

La cathédrale de Saint-Denis, bataille d’Hernani du patrimoine ?

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Amputée par une querelle architecturale il y a un siècle et demi, la basilique-cathédrale va retrouver sa tour nord et sa flèche, mais la controverse est-elle finie ?

La Basilique Saint-Denis au coucher du soleil
La Basilique Saint-Denis au coucher du soleil Crédits : Bruce Yuanyue Bi - Getty

Pendant un siècle et demi elle était restée amputée de sa tour nord et de sa flèche, la basilique-cathédrale Saint-Denis, va enfin avoir droit à un chantier de reconstruction. 

Lorsqu’elle était ministre de la Culture, Audrey Azoulay, l’actuelle directrice générale de l’Unesco, avait donné son accord. Ce grand édifice de l’art gothique, dans la lignée des cathédrales de Reims, de Chartres, ou de Notre-Dame, allait retrouver son membre fantôme.

La décision aurait pu être remise en cause par le nouvel exécutif…  Mais cette fois, le sens de l’Histoire semble avoir définitivement tourné. La nouvelle ministre de la Culture Françoise Nyssen a signé en mars une convention-cadre pour le chantier de restauration.

C’est un événement parce que cette cathédrale constitue une véritable bataille d’Hernani du patrimoine. Au XIXème siècle, lorsque se jouait une querelle d’anciens et de modernes autour de la pièce de Victor Hugo et de l’évolution des codes dramatique, une controverse patrimoniale presque jumelle s’engageait autour de la basilique de Saint-Denis. 

Démarrée dans les années 1830 (comme Hernani), la bataille va s’amplifier entre l’architecte en charge d’un vaste de projet de rénovation de la basilique, François Debret, qui incarne les anciens, et l’architecte Eugène Viollet le Duc, qui incarne en somme les modernes.

Après le passage d’ouragans et de tornades au début des années 1840, la flèche est démontée, et Viollet le Duc accuse Debret de graves erreurs techniques. Cette querelle conduit progressivement à la démission de Debret. Viollet le Duc, son principal détracteur, reprend le chantier. Il achève le démontage temporaire de la flèche et propose un projet neuf qui n’aura pas de suite car, in fine, d’autres priorités sont fixées. C’est ainsi qu’en 1847 la cathédrale fut finalement laissée à son état asymétrique. De mémoire, cette bataille restera comme celle qui a coûté sa flèche à la basilique de Saint Denis !

Un siècle et demi plus tard, et après quelques décennies de projets qui n’ont jamais aboutis, la tour nord et sa flèche vont donc être reconstruites. On croirait l’histoire finie, mais controverse un jour controverse toujours ?

La flèche prévue pour être restaurée à l’identique suivant les notes précises de Debret suscite à nouveau la polémique. La véritable tradition, dit-on, aurait été de reconstruire « de manière contemporaine », comme les tours du XIIème et du XVème de la cathédrale de Chartre. Le lieu se figerait, on ferait du beau pour les touristes… Ou encore une instrumentalisation du patrimoine pour résoudre les problèmes sociaux de cette ville du 9.3. Puisque le projet prévoit un financement par mécénat privé accompagné d’un chantier ouvert à visée pédagogique.

Jacques Moulin, architecte en chef des monuments historiques depuis 2013 continue de défendre ce projet, et des personnalités comme l’écrivain Erik Orsenna, l’ancien ministre de la culture Jack Lang, l’architecte Patrick Bouchain ou encore la cheffe d’orchestre Zaïa Zaouani sont au comité de parrainage du remontage de la flèche.

Neuf siècles après l’abbé Suger, grand amateur d’art qui transforma l’abbaye de Saint-Denis, la basilique-cathédrale est toujours le révélateur des tensions de l’architecture et du patrimoine.

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