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Edouard Louis en juin 2014

Edouard Louis, révolter la littérature ?

3 min
À retrouver dans l'émission

À 25 ans, son 3ème livre pose la question de la littérature engagée aujourd’hui.

Edouard Louis en juin 2014
Edouard Louis en juin 2014 Crédits : LEEMAGE - AFP

Comment devient-on une voix ? Je me posais la question en voyant incontestablement le jeune auteur Edouard Louis, à 25 ans, en devenir une. « Le jeune homme révolté », ce pourrait être l’un des titres de presse qui entourent la sortie de son nouveau livre « Qui a tué mon père ». Troisième tome en quelque sorte de cette Histoire de la violence qu’il a entamée avec En finir avec Eddy Bellegueule

Premier roman traduit dans une vingtaine de langues, En finir avec Eddy Bellegueule c’était la Picardie fin des années 90-début des années 2000. C’était cette enfance dont il écrit qu’il n’a aucun souvenir heureux. C’était cette fuite face à ce monde qui s’insurge contre lui, le pédé. C’était un écho à un livre qui avait tout changé « Retour à Reims » de Didier Eribon.

La littérature comme une révolte - sinon à quoi bon ? –  c’est là qu’il se tient Edouard Louis, avec constance et détermination. Mais c’est quoi un livre engagé aujourd’hui ?

Je n’exhumerai pas 68 comme si dès qu’il s’agissait de révolte il fallait réveiller ces nouveaux poilus, ceux qui ont fait la guerre des idées il y a 50 ans, quand ça faisait 50 ans qu’on avait fait la Grande Guerre. Mais la question s’est posée à l’époque : comment les écrivains, les travailleurs du texte, peuvent-ils s’engager ? Le collectif ? La dissolution de l’auteur ? L’art dans la société, pour changer de société? Et faut-il faire de la littérature politique ou faire politiquement de la littérature ? Pour reprendre une question formulée dans les milieux du cinéma.

En 2018, Edouard Louis répond à son tour. D’ailleurs son livre « Qui a tué mon père » n’a pas de point d’interrogation. Il défend le passage d’une littérature engagée à une littérature de confrontation. Le mode opératoire est posé dans ce texte bref et vif comme un coup de lame : « Je n’ai pas peur de me répéter parce que ce que j’écris ne réponds pas aux exigences de la littérature, mais à celle de la nécessité et de l’urgence, à celle du feu ». Cette urgence c’est d’affirmer dans un chant d’amour paradoxal que son père qu’il aime et qu’il a honte d’aimer, accuse dans son corps notre Histoire politique. 

A 50 ans il respire à peine, brisé de partout, comment est-ce possible? Accidenté du travail à l’usine, puis balayeur dans une ville loin de chez lui, à 700 euros par mois. Le dos broyé, le dos courbé, les trippes en flamme, et les médicaments qu’on ne rembourse plus… 

«Est-ce qu'il ne faudrait pas se répéter quand je parle de ta vie puisque des vies comme la tienne personne n'a envie de les entendre ? Est-ce qu'il ne faudrait pas se répéter jusqu'à ce qu'ils nous écoutent ? Pour les forcer à nous écouter ? » écrit Edouard Louis. Et cette littérature de la confrontation ce n’est plus seulement donner une voix au sans voix, aux vies minuscules que personne ne veut entendre, ce n’est plus seulement décortiquer ce frein à l’émancipation sociale de tous et toutes qu’est l’obsession de la masculinité, c’est se confronter à une anti-littérature : celle, prosaïque, qui égrène les noms des politiques et des réformes. Et qui accuse. Qui s’écrit avec cette honte que ça ne ressemble peut-être pas à de la littérature mais que celle-ci ne peut plus faire comme si « l’histoire de nos vies se déroulait en dehors de la politique » dit Edouard Louis.

Ce texte, il vient du théâtre, initié par Stanislas Nordey qui le mettra en scène en 2019. C’est ce qui lui donne l’impulsion brûlante de la scène, et le libère de la peur de « faire roman ». Allumer le feu d’abord par le théâtre c’était aussi le centre d’un autre « Homme révolté », Albert Camus.

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