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FAROUK BATICHE auteure de "DZ Manga"

En Algérie, la révolution des artistes-monde

4 min
À retrouver dans l'émission

Un frémissement artistique libérateur parcours l’Algérie depuis quelques années, signe avant coureur d’un mouvement populaire qui veut se débarrasser non seulement du président mais de tout un système.

FAROUK BATICHE auteure de "DZ Manga"
FAROUK BATICHE auteure de "DZ Manga" Crédits : FAROUK BATICHE - AFP

« Allo le système ! » c’est le slogan et le clip qui s’est propagé dès le mois mars au moment des premières marches contre le cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Originaire de Tlemcen, laslameuse Raja Meziane, brushing blond sweet à capuche et casquette, concoctait un clip en écho aux manifestations. Un véhicule viral aux 17 millions de vues qui condense les images de la foule protestataire. Des slogans, des drapeaux, et un flow qui vise ce « système », qui comme le président, ne répond plus. 

« La société est bloquée, la culture est absente // les gens quittent le pays dans des bateaux // tu te crois éternel // tu nous a enterré vivants // 

Nous voulons une république // une démocratie populaire pas une monarchie ! // Le peuple a assez souffert il est malade de vous // Vous feriez bien nous de laisser tranquille bande de voyous ! »

Le titre cible Bouteflika, sans jamais le nommer, mais aussi un ensemble politique clientéliste et népotique. Et si Raja Meziane parle de « culture absente », c’est que toute une mouvance artistique a dû se développer en marge du pouvoir et des institutions culturelles vérolées ou inexistantes. 

Depuis quelques années, les premiers signaux d’une résistance par l’art se sont manifestés notamment à travers une nouvelle génération de cinéastes et d’artistes contemporains. Des lieux « spontanés » comme « les ateliers sauvages » de Wassyla Tamzalià Alger ont permis de diffuser, de créer, de fédérer autour de cet élan. 

Les initiatives de ces artistes-monde, comme les appelle Wassyla Tamzali, ont donné un nouveau souffle, une vitalité combattive. C’est ce qui traverse des films comme « Fragments de rêves » de la réalisatrice Bahia Bencheikh El Fegoun, interdit par les autorités, ou « En attendant les hirondelles » de Karim Moussaoui. L’histoire d’une jeune femme qui obligée de mettre un voile dès qu'elle sort, se laisse conduire sans protester chez le mari qui lui a été choisi, mais s'offre une dernière nuit avec le chauffeur, une vielle connaissance… Avec leCollectif pour un renouveau algérien du cinéma (le Crac) des cinéastes comme Damien Ounouri et sa co-scénariste et actrice, Adila Bendimerad, ont porté haut cette poésie de l’amour, de la rage de la révolte.

Comédienne issue du théâtre de rue, AdilaBendimerad, organise en ce moment chaque lundi sur les marches d’un théâtre un rendez-vous pour que les artistes échangent sur leur vision de la création et de l’avenir. Quant au plasticien Abdel Bentounsi, il organise chaque vendredi, avant les marches populaires, un atelier de pancartes minimalistes.

Interrogée en 2017 sur une potentielle révolution, Adila Bendimerad répondait « nous sommes dans une période où les choses bougent, même doucement. Il y a un frémissement et nous devons y être attentifs ». Du frémissement au bouillonnement deux ans plus tard, ces artistes aux avant-postes accompagnent désormais la transition. Elle passe, comme après la libération dans les années 60, par un renouveau culturel.

La danseuse Melissa Ziad dont la photo en body rouge, perfecto noir et chaussons de danse en pointe a fait le tour du monde, le formule ainsi « Une alternative au système dominant peut s’exprimer par la créativité artistique et amorcer une révolution des modes de pensée. » Allo le système ?!

Chroniques

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La Conclusion

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