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Membres de l'école gagnante de cette année, la Mangueira au carnaval de Rio

Quand Rabelais renverse Jair Bolsonaro

4 min
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Le carnaval de Rio cette année, premier depuis l’élection de Jair Bolsonaro au Brésil, aura été particulièrement « carnavalesque ».

Membres de l'école gagnante de cette année, la Mangueira au carnaval de Rio
Membres de l'école gagnante de cette année, la Mangueira au carnaval de Rio Crédits : Mauro PIMENTEL - AFP

Quoi de plus politique que le carnaval ? Loin d’être une simple manifestation folklorique, le carnaval est une des expressions les plus subversives de la culture populaire. C’est le temps du grand renversement des valeurs et des hiérarchies. Le carnaval de Rio cette année, premier depuis l’élection de Jair Bolsonaro au Brésil, aura été particulièrement « carnavalesque ». 

C’est l’école de Samba la plus contestataire qui a triomphé hier, après plusieurs jours de compétitions festives au cœur de l'immense sambodrome de Rio : la Manguiera affichait sur son char la bannière « dictature assassine ». 

Selon le théoricien littéraire Mikhaïl Bakhtine qui a conceptualisé le carnavalesque chez Rabelais (au moyen-âge et à la Renaissance) : le renversement se fait entre le haut et le bas. Notamment entre les dominants et les dominés. C’est exactement ce qu’a mis en scène l’école de samba Manguiera qui a voulu renverser l’histoire officielle et les symboles patriotiques.

Représentant des héros populaires absents des livres scolaires, comme Dandara guerrière noire, épouse de Zumbi dos Palmares, leader de la révolte des esclaves au XVIIe siècle. 

Evelyn Bastos, reine de la batterie de Mangueira, revendique à travers ces personnages d’hommes et de femmes noirs mais aussi d’indiens, une histoire qui met enfin à l’honneur les vrais bâtisseurs du Brésil. Dans un pays où le nouveau président estime que « les noirs ne sont bons qu’à la reproduction » et qui, le premier jour de son mandat, a commencé par exclure les indiens des décisions concernant leurs territoires.

Quant au drapeau brésilien et à la devise du pays, la Mangueira s’en est aussi emparé : le jaune devenant rose, et la devise « ordre et progrès » barrée, remplacée par « Aux indiens, aux noirs et aux pauvres »..Soit les populations ciblées par les attaques et le programme de Bolsonaro. On aurait pu y ajouter « aux femmes »… Vous savez cette race inférieure qui fait dire au président  du Brésil qu’ « après 4 garçons il a eu un coup de mou il a fait une fille »...

C’est précisément en réponse au sexisme du président que Manguiera s’est choisie une reine de carnaval symbolique : Marielle Franco. Cette élue de la vile de Rio, militante des droits des  minorités, assassinée le 14 mars 2018 sans que le meurtre ne soit élucidé ni la justice rendue.

Avec le carnaval, Bolsonaro, dont la côte de popularité s’est effondrée de 70% à 39% est l’objet d’un renversement non seulement symbolique mais réel. Il a donc voulu attaquer cette manifestation populaire en dénonçant ses dérives ; postant la vidéo d’un homme en train d'uriner sur un autre en pleine rue à Sao Paulo, pour que je cite « la population en prenne connaissance et puisse définir ses priorités".

Au vrai, Bolsonaro ne pouvait pas faire plus carnavalesque. Inversant le raffiné et le grossier, les fonctions hautes et les fonctions basses, il s’est lui même renversé.

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