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La ministre de la Culture Françoise Nyssen présente ses vœux à la presse en janvier 2018, à Paris.

Le Pass Culture, wikiliste au père Noël?

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Les contours du Pass se précisent, les difficultés aussi.

La ministre de la Culture Françoise Nyssen présente ses vœux à la presse en janvier 2018, à Paris.
La ministre de la Culture Françoise Nyssen présente ses vœux à la presse en janvier 2018, à Paris. Crédits : ERIC FEFERBERG - AFP

Pour mes 18 ans je voudrais : un week-end à Barcelone, une virée à  Eurodisney, un abonnement à Netflix et Spotify, une soirée au restaurant, un billet pour un super match, un cours de BMX et le dernier opus du jeu vidéo Assassin’s Creed. L’élaboration consultative de  l’offre du futur Pass Culture montre une conception très élargie de la  culture chez « le jeune » à qui pour une fois on a demandé son avis. Et qui oblige à regarder en face ce qui pour lui « fait culture ». Pour  autant comme avec une liste au père Noël, reste à voir ce qu’il décidera d’apporter. Et là tout se complique. 

La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, présentait cette semaine un « point étape » sur cette mesure promise par Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle et se trouve actuellement en Guyane, l’un des quatre départements test du Pass pour la rentrée 2018.  

Elle a insisté sur son caractère « révolutionnaire » parce qu'« auto-prescripteur ». Qu'est ce que ça veut dire? D’une part que l’application qui sera  lancée permettra de faire son choix parmi les différentes offres culturelles publiques ou privées. Et d’autre part que les offres en question ne sont pas imposées d’en haut mais élaborées en consultation à  la fois avec des représentants de différents milieux et institutions culturelles, et avec des représentants de lycéens d’horizon divers. Le tout sous forme d’ateliers ou « laboratoires ouverts ». C’est une wiki-liste au père Noël.  

Ajoutons un troisième niveau d’auto-prescription qui serait - si cela fonctionne - un partage des expériences culturelles par les jeunes eux-mêmes qui deviennent  prescripteurs les uns pour les autres sur ce vaste « réseau social » de la culture. 

Telles sont les ambitions du dispositif,  quant à sa mission : lutter contre la ségrégation culturelle et permettre d’entrer dans la citoyenneté avec un coup de pouce de 500  euros pour « s’ouvrir à la culture » . Mais comment ne pas subventionner une culture à laquelle les jeunes sont déjà ouverts précisément ? Et au passage arroser les GAFAM. 

Comment ne pas imposer pour autant une conception de la culture étroite et déconnectée des jeunes attentes ? Sachant que la gratuité dans les musées ou les tarifs jeunes au théâtre le montrent : ce n’est pas uniquement une question de prix mais parfois d’offres sur le territoire tout simplement, ou de manière plus complexe et intériorisée un problème d’envie et de légitimité. Ne pas se sentir « autorisé » ou « concerné » par certaines formes de culture c’est un frein, et c'est peut-être le plus grand.  

Dès lors il faut bien comprendre trois choses. Premièrement, la réponse qu’apportera le ministère à cette wiki-liste d’attentes et de volontés culturelles constituera une affirmation de la conception que l’Etat a de la culture qui fera jurisprudence. Deuxièmement, si les 400 millions que nécessite le Pass venaient à réduire le financement des institutions qui justement peuvent alimenter cette offre culturelle (il faudra bien prendre les sous quelque part), le cadeau risque d’être empoisonné. Troisièmement, il n'est pas seulement question d’avoir accès aux œuvres, on sait depuis Malraux que le choc esthétique ne suffit pas, alors qui fera le travail de médiation ? Un algorithme?

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