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Les humouristes français Gad Elmaleh et Kev Adams prennent un selfie au festival de Cannes en mai 2016

Le Festival de Cannes est-il toujours en phase avec son époque?

3 min
À retrouver dans l'émission

Interdiction anecdotique des selfies, rupture symbolique avec Netflix, le décalage se creuse-t-il?

Les humouristes français Gad Elmaleh et Kev Adams prennent un selfie au festival de Cannes en mai 2016
Les humouristes français Gad Elmaleh et Kev Adams prennent un selfie au festival de Cannes en mai 2016 Crédits : ANTONIN THUILLIER - AFP

Maître Gims cité dans la rituelle conférence de presse qui annonce la sélection officielle cannoise, c’est une première ! « Les festivaliers ont la chance d'être sapés comme jamais, de monter les marches, et là ils se prennent en photo devant toute la Croisette. C'est irrespectueux! » a déclaré Thierry Frémaux, le délégué général du Festival. Il avait interdit le selfie sur tapis rouge il y a quatre ans, sans succès, la pratique sera désormais sanctionnée. Teneur de la punition ? Les fauteurs seront privés de projection pendant 24H ! Je ne m’étendrai pas ici sur les questions soulevées par une telle mesure, exemples « y aura-t-il une brigade anti-selfie ? » ou « les récidivistes seront-ils privés de projection pendant 48H? ». Ce qui est intéressant, c’est que cette information gadget, au regard des vrais enjeux, ceux de la sélection et du cinéma, a engendrée cette formule en forme de défense de Thierry Frémaux « on m'a accusé de ne pas comprendre mon époque.» 

Et si c’était précisément cela la question : le festival est-il en phase avec son époque ? 

D’un côté, la sélection officielle est marquée par un renouvellement générationnel : aucun ancien palmé ne concourt. De plus, le monde en mouvement et ses soulèvements y ont comme toujours leur place. Entre autres : les combattantes du Kurdistan avec « Les Filles du Soleil » de la réalisatrice Eva Husson, les combattants des usines avec « La Guerre » de Stéphane Brizé, les cinéastes dissidents que sont l'Iranien Jafar Panahi  avec « Thee Faces » et le Russe Kirill Serebrennikov avec « L’été ». Mais aussi le militant Spike Lee avec « BlacKkKlansman », histoire vraie de flics infiltrés dans l'organisation du Ku Klux Klan. 

Pour autant, quelque chose se fendille derrière le beau baiser qui illumine l’affiche du Festival, celui d’Anna Karina et Jean-Paul Belmondo dans « Pierrot le fou » de Jean-Luc Godard - de retour dans la compétition cette année.

Symptomatique, la bataille avec le géant de la vidéo à la demande Netflix, se solde mal. Refusant de se plier aux règles françaises de la chronologie médias, c’est à dire de projeter ses productions en salle et de les proposer 3 ans après en ligne - ce qui s’éloigne de plus en plus des usages et ne correspond pas aux législations des autres pays - Netflix, à qui la sélection hors compétition était ouverte, a fermé la porte. Pas de ligue 2. 

Résultat « Roma », le nouveau film d’Alfonso Cuaron potentiellement sélectionnable, n’aura pas sa place, ni même Orson Wells dont Netlfix a produit l’œuvre inachevée « The Other Side of the Wind ». Ce sera loupé à priori aussi l’an prochain pour le Scorcese avec Al Pacino et Robert de Niro. Ted Sarandos, en charge des contenus chez Netflix, accuse le festival de défendre l’exploitation en salle plutôt que le cinéma, le passé plutôt que l’avenir.   

Est-ce là -dessus que le Festival de Cannes se démarque des autres par une forme de passéisme ? Pas totalement, car à terme, il faudra réfléchir au statut de Netfix dans la compétition. Spielberg lui même réclame la catégorie « téléfilms » pour les long-métrages produits par ces plateformes lorsqu’ils sont en lice aux Oscars. 

Une chose est sûre, après les mouvements Me Too et Time’s up, Cannes, sa présidente du jury et ses trois seules réalisatrices en compétition officielle (pour ne pas céder aux quotas), s’annonce à la traîne. Et il faudra réfléchir, d’ici mai, à la réponse qu’est capable d’apporter le plus grand festival international du film à cette nouvelle révolution de l’égalité.

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