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Christine and The Queens le 8 septembre 2017

Christine and the Queens et Édouard Louis : même combat ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Si Christine and the Queens est désormais « Chris », nouveau personnage garçonnet et musclé de la chanteuse pop, elle s’appelle aussi un peu Edouard. Edouard Louis.

Christine and The Queens le 8 septembre 2017
Christine and The Queens le 8 septembre 2017 Crédits : CHARLY TRIBALLEAU - AFP

A priori entre le romancier et l’auteure-interprète-chorégraphe ce n’est pas la même musique. A y regarder de près, de nombreuses passerelles se dessinent. D’abord parce qu’ils ont choisi d’être autre, pour devenir eux même. Chris est bien pour Eloïse Letissier, comme Edouard Louis pour Eddy Bellegueule, un personnage dans lequel elle s’autorise à exister.

Ensuite parce qu’ils ont des socles idéologiques communs, outre leur formation normalienne.  « Ce qui m’intéresse, c’est d’échapper à la définition, de faire l’éloge de l’indétermination » déclarait Christine and the Queens dans le Monde. S’affranchir du déterminisme social et du déterminisme du genre, un enjeu qui structure les romans d’Edouard Louis. Et Christine d’évoquer sa relecture de Pierre Bourdieu ou du sociologue Didier Eribon, références matrices du jeune écrivain. 

Récemment Chris déclarait même sur un plateau de télévision « Dans mon corps, il y a une mémoire des muscles de la classe ouvrière (…) Les gens avec qui je m'entends bien dans le milieu de la chanson sont des transfuges de classes comme moi ». Raillerie immédiate sur les réseaux : de quelle souffrance du corps ouvrier peut se revendiquer cette fille de profs nantais ?

Edouard Louis a ausculté les violences sociales sur le corps de son père dans son dernier livre, avec ce vague sentiment de mémoire musculaire ouvrière nous en sommes loin. Mais qu’importe : il y a  comme un périmètre d’interrogations commun au romancier et à la chanteuse notamment sur la question du transfuge de classe.

Et l’un comme l’autre résonne avec l’esprit plus radical des campus américains où Edouard Louis se produit d’ailleurs en « french star ».

Mais le système de chacune de leur discipline ne produit pas les mêmes signaux. Christine and the Queens a fait la une du Time en tant que « French pop star défiant les genres », et le tour des lateshow américains. Une entrée fracassante dans ce que le New York Times appelle « the American pop music buzz machine ».

C’est cette machine, un peu froide, qu’on voit à l’œuvre dans la promotion qui précède la sortie de son nouvel album la semaine prochaine. Avec en sus un film caricatural produit par Apple Music sur son processus de création artistique et la naissance de son personnage.

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Le potentiel d’agacement épidermique et de procès en égo trip est grand. Mais au fond, le problème se tient là dans cette carapace marketing. Du personnage fragile fortifié par ces « queens » ces alliés imaginaires et protecteurs de son début de carrière, nous sommes peut-être passés à un personnage « forteresse ». Et si Eddy Bellegueule est totalement devenu Edouard Louis, Chris n’existe encore que dans la forme.

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