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L'écrivain Milan Kundera prend la pose dans un jardin de Prague en octobre 1973

Kundera publié en tchèque, la fin de l’exil?

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L’écrivain et dissident publie dans sa langue originelle « Le livre du rire et de l’oubli ».

L'écrivain Milan Kundera prend la pose dans un jardin de Prague en octobre 1973
L'écrivain Milan Kundera prend la pose dans un jardin de Prague en octobre 1973 Crédits : AFP - AFP

Pour la première fois, et 40 ans après sa sortie en France, « Le livre du rire et de l’oubli » de Milan Kundera va être publié en République Tchèque par la maison d’édition Atlantis. Pour la première fois, les Tchèques vont donc pouvoir lire, dans le texte, l'une des œuvres phares de leur plus grand écrivain contemporain. Un peu comme si, mais ça n’a rien à voir, nous découvrions pour la première fois en France et en français « La vie devant de soi » de Romain Gary alias Emile Ajar. La transposition s’arrête là, et la situation est infiniment plus complexe avec Milan Kundera.  

Ce livre « du rire et de l’oubli », le premier qu’il rédige depuis son exil en France en 1975, est publié directement en français chez Gallimard en 1979. Année où précisément il devient apatride puisque la nationalité tchécoslovaque lui est retirée, pour s’être attaqué au régime de l’occupant soviétique. Peut-on dire, alors, qu’à travers cette publication dans sa langue originelle et dans son pays originel, l’auteur Kundera rentre chez lui ?   

C’est vrai qu’écrire dans sa langue et ne pas être lu, ne pas être reçu dans celle-ci, c’est un peu resté à la porte de chez soi. Mais si on poursuit la comparaison, Kundera y mettait un pied déjà, par des éditions en tchèque qui circulaient clandestinement, puis en 1991 après la fin de l’occupation russe par la publication de « La plaisanterie » en Tchécoslovaquie, assortie d’une note de l’auteur. Quant à « L’insoutenable légèreté de l’être », elle est officiellement publiée en 2006 en République tchèque. Mais de toute façon, que ce soit le premier ou pas, ça n’est pas un véritable retour, car sa patrie était devenue celle de ses livres, à savoir la France, comme il le dit en 1981 juste après sa naturalisation par François Mitterrand. 

En 1981, Kundera se pose la question de la réception de son oeuvre auprès de ses lecteurs tchèques : il ne sait pas combien ont eu accès à ses éditions clandestines, ce qu’ils en disent, et au fond même aujourd’hui, la situation n’est plus claire... Car cette publication suscite des polémiques, et reçoit un accueil contradictoire à l’image de Kundera admiré mais aussi détesté dans son pays. La langue littéraire de Kundera et donc son pays est devenue le français, depuis les années 90 où il se met à écrire directement dans notre langue, catastrophé par les traductions qui ont été faites de ses textes en tchèques. Et depuis qu’il les a tous repris dans cette activité « sisyphesque », disait-il, qui lui prenait « presque plus de temps que l'écriture elle-même », les véritables textes sources de Milan Kundera sont ses traductions françaises. 

Aussi, les textes de Kundera en tchèque ne rentrent pas vraiment chez eux, ils sont moins originaux que les traductions françaises qu’il a maîtrisées... Comme toute son oeuvre d’ailleurs, dont il a expurgé des parties jugées indignes. Au vrai, le sort de l’œuvre de Kundera est un roman en soi, qui n’est pas encore achevé.

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