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Simone de Beauvoir à Rome en 1978

Simone de Beauvoir, le piège de l'incarnation?

3 min
À retrouver dans l'émission

L’incarnation, sa force théorique, se transformerait-elle aujourd’hui en faiblesse ? A l'heure où Simone de Beauvoir est devenu est un logo.

Simone de Beauvoir à Rome en 1978
Simone de Beauvoir à Rome en 1978 Crédits : Francois LOCHON - Getty

Simone super star : T-shirts, sacs, posters, et turbans bien sûr, dans les nouveaux mouvements féministes et particulièrement aux Etats-Unis, Simone de Beauvoir est devenue une sorte de « Che ». En un visage, tout est dit, ou rien.

Pourtant, comme le relève la romancière Camille Laurens, cette phrase extraite de Tout compte fait, alerte sur les dangers réducteurs du mythe : « Dissiper les mystifications, dire la vérité, c’est l’un des buts que j’ai le plus obstinément poursuivis à travers mes livres », écrit Simone de Beauvoir dans cet avant-dernier volume des Mémoires publié en 1972.

Simone de Beauvoir mystifiée, markétée, devenue un engagement prêt-à-porter et prêt-à-poster sur internet, c'est a priori la complexité d’une œuvre et d’une vie qui se referme. Et cette publication dans La Pléiade nous donne l’occasion, si nous en manquions, de ré-ouvrir le cycle mémoriel.

Le paradoxe c’est que ce piège de l’incarnation, Simone de Beauvoir l’avait tendu elle-même, en donnant corps à la cause. Comme le souligne Jean-Louis Jeannelle, professeur de littérature à l’Université de Rouen, chargé de l’édition à La Pléiade : « les féministes anglo-saxonnes ont bien montré qu’elle infléchit la pensée de Sartre en posant la question de l’existentialisme d’un point de vue incarné : qu’est-ce qu’une femme ? ». Et cette philosophie au « je » est une révolution théorique.

L’incarnation comme force, se transformerait-elle aujourd’hui en faiblesse ? Réduisant l’étendue de son héritage à quelques slogans ; prêtant le flan à ceux qui minimisent sa pensée et ses écrits. L’économiste Alain Minc par exemple. Ecoutez-le dans cette « Grande Traversée » sur France Culture, ça pique.

https://www.franceculture.fr/emissions/simone-de-beauvoir-absolument/simone-de-beauvoir-55-le-deuxieme-sexe

Justement Simone de Beauvoir n’incarne pas « par le hasard des choses » le féminisme. Et si cette nouvelle Simone-mania est intéressante, c’est que même simplificatrice, au fond elle ré-ouvre aussi le champ des interprétations. 

Là où une continuité et une distance pouvaient se jouer avec le MLF des années 70, les néo-féministes reviennent à la source Beauvoir pour asseoir leurs engagements actuels. « On ne nait pas femme on le devient » devient une clef pour une icône transexuelle comme Caitlyn Jenner qui avait fait la couverture de Vanity fair. « Une femme qui n’a pas peur des hommes leur fait peur » résonne sur les réseaux dans la vague post MeToo. Et « N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question », s’inscrit sur les pancartes des marches des femmes.

Simone de Beauvoir est peut-être devenu un logo au XXIème siècle, mais s’affirme comme le logos de son nouveau féminisme.

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