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Pins du magazine Ebdo, en mars 2018

L’Ebdo, « super fail » prévisible ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Un Titanic journalistique qui aurait heurté l’iceberg «Hulot » ou un navire structurellement défaillant ?

Pins du magazine Ebdo, en mars 2018
Pins du magazine Ebdo, en mars 2018 Crédits : JOEL SAGET - AFP

Moins de trois mois après son lancement, le magazine l’Ebdo s’arrêtera de paraître aujourd’hui avec un 11ème et dernier numéro. Faute de lecteurs, il est mis en cessation de paiement. Le 12 janvier dernier, c’était l’émotion d’une naissance, un nouveau journalisme qui prenait son envol, l’espoir qui luisait dans les mots de Patrick de Saint-Exupéry, co-fondateur de l’Ebdo.

Un nouvel hebdomadaire papier sans publicité qui allait remettre le lecteur au centre, tel était le pari. Sauf que le dit lecteur ne fut pas au rendez-vous. Le journal visait 70 000 abonnés fin janvier 2019 et plafonnait à 8000. L’objectif était fixé à 20 000 ventes en kiosques, et d’après les informations du Monde, celles-ci n’ont cessé de baisser. De 53 000 pour le premier numéro, à 21 000 le 2 février, puis 13 000 le 16 février et, enfin 8 000 à 10 000 exemplaires. 

Je n’irais pas danser sur la tombe de l’Ebdo, et entonner des « hourras » à la mort d’un journal. Pour autant il y aurait méprise à y voir l’histoire d’un Titanic journalistique qui aurait heurté l’iceberg « Hulot ». Dans leur lettre aux abonnés, les fondateurs expliquent que la situation s’est dégradée de manière spectaculaire depuis un mois. Date à laquelle l’hebdomadaire auto-proclamait en Une et en plein débat #MeToo : « l’affaire Nicolas Hulot ». Sur la base d’une plainte pour viol, déposée en 2008, et classée sans suite pour cause de prescription. Témoignage anonyme, imprécisions, spéculations : pourquoi en l’état, fallait-il sortir la fameuse « affaire » ? N’étions-nous pas à rebours des principes prônés dans le « manifeste pour un nouveau journalisme » qu’avait publié les fondateurs ? Je cite « prendre le temps de l’enquête – aller voir, laisser infuser et revenir – et apprendre à travailler à contretemps de l’émotion immédiate »… Ca pique.  

En plus de la chute des ventes, la polémique il est vrai a fait fuir un investisseur, mais le cas Hulot n’est pas l’iceberg : c’est l’accélérateur d’une défaillance structurelle. La ligne de l'Ebdo était peu identifiable, avec des unes qui se cherchent, un coup sur la SNCF, un coup sur les entreprises autogérées, un coup sur le plaisir féminin orné d’une grosse bouche rouge… Comme le résume un membre de la rédaction c’était au final « ni une politique de l’offre, ni une politique de la demande ». Sans compter que le public qui avait suivi les fondateurs des revues XXI et 6 mois, ne pouvait pas se retrouver dans ce format de poche, ni ces infos. 

Quand en plus on se lance en prétendant réinventer la recette dans un secteur sinistré, leçons de journalisme à la clef, le défi est d’autant plus dur à relever. Un état d’esprit qui retentit encore dans le faire-part de décès du journal : nous avion mis « la barre au plus haut » disent Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry… Pour la remise en question, vous repasserez !  

Si le bateau avait de forte chance de prendre l’eau, le pire c’est que ce nouvel édifice journalistique, ils l’avaient bel et bel bâti avec les revues XXI et 6 mois, longtermistes, fouillées, novatrices dans leurs formats et leurs traitements. Au fond, ce sont ces revues qui se retrouvent grevées par l’échec financier de l’Ebdo, et ce journalisme-là qui pourrait disparaître. Un comble.

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