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L'une des installations au Théâtre du Châtelet, l'un des lieux du projet "DAU"

Parlez-vous le DAU ?

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Un nuage de superlatifs et une cohorte de controverses le précèdent. Le « Sulfureux », l’« intrigant », le « colossal », le « mystérieux », le « subversif », le « malsain », le « trompeur » DAU est un évènement dont la rumeur et la légende sont des composantes majeures.

L'une des installations au Théâtre du Châtelet, l'un des lieux du projet "DAU"
L'une des installations au Théâtre du Châtelet, l'un des lieux du projet "DAU" Crédits : Philippe LOPEZ / AFP - AFP

« DAU » c’est ce projet artistique qui doit son nom à Lev Landau, physicien soviétique nobélisé en 1962. Annoncé comme une expérience inédite, DAU vient d’ouvrir dans trois institutions culturelles parisiennes : le théâtre de la ville, le théâtre du Châtelet, et le Centre Pompidou. 

Imaginez un projet de biopic qui s’est transformé en boot camp culturel. A l’origine un cinéaste russe Illya Khrzhanovsky qui devait raconter la vie de ce physicien entre recherches sur l’état condensé de la matière, surveillance et trahison soviétique, expérimentations sexuelles, internements psychiatriques, et mort tragique dans un accident voiture.

Résultat : 13 films issus d’un tournage sous forme de télé réalité géante dans un institut soviétique totalitaire reconstitué pendant une dizaine d’années en Ukraine. Et puisqu’on est dans la légende, voici ce que raconte la bande annonce…

A partir de là se superpose une autre rumeur, celle qui vient d’Allemagne où l’installation a été annulée, puisqu’elle prévoyait de reconstituer le mur de Berlin, ce qui a été perçu comme une « disneyification du soviétisme ». En outre, des participants au projet ont dénoncé des dérives sectaires, et la presse a parlé du « tournage le plus malsain de tous les temps ». Voilà qui garantissait une arrivée retentissante en France !

Ajoutez-y la kyrielle d’artistes reconnus impliqués dans les performances, les doublages ou la conception musicale et olfactive de DAO : Marina Abramamovic, Isabelle Huppert, Gérard Depardieu, William Dafoe et Brian Eno.

DAU existe d’abord dans son effet d’annonce renforcé le questionnaire psychométrique un peu effrayant qu’il faut remplir pour y pénétrer 24H. Avez-vous été persécuté pour vos croyances religieuses? Avez-vous une relation avec une personne répréhensible? Avez-vous manipulé vos proches dans le but d’arriver à vos fins ? Pensez-vous que dans certaines circonstances n’importe qui pourrait être capable de tuer ? Il faut d’abord payer votre pass 75 euros pour pouvoir « subir » cet intriguant sondage qui teste votre potentiel de soumission. DAU donne le goût du frisson, on se croirait déjà dans un épisode d’une série hybride entre Black Mirror et Westworld

A supposer qu’il s’agisse d’une expérience totalitaire et à supposer qu’il y ait un intérêt à rechercher cette sensation, DAU, pour y avoir pénétré, est surtout l’incarnation d’une sorte de novlangue artistique. 

On ne parle pas de pass mais de visa pour un territoire, on y voit non pas des concerts mais des pièces musicales inédites, on y croise pas des performeurs mais des auditeurs-acteurs (chaman, ancienne prostituées, exorcistes), on assiste pas à des conférences mais on entre dans un théâtre immersif, on ne voit des films on bascule dans un récit qui perturbe les limites du réel et de la fiction, on ne boit pas un verre dans un bar thématique mais on s’insère dans une histoire en avalant une soupe russe, on ne suit pas son audio-guide mais un smartphone spécial équipé du dispositif DAU, on ne déambule pas dans des pièces meublées par Emmaüs mais dans des copies d’appartements communautaires. Enfin on intègre le plasma holistique d’un projet hors norme ! J’exagère mais DAU est avant tout un nouveau langage pour définir une expérience culturelle qui évolue vers plus d’engagement et d’inattendu. Le projet, financé par un oligarque russe, permet en outre de valoriser des lieux en chantier comme le théâtre du Châtelet et théâtre de la Ville. La plus grande expérience qui vous attend est peut-être d’abandonner votre smartphone pendant au moins 6H !

Voilà pour le concret, à ce stade, et tant pis pour la légende. 

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