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Le groupe PNL dans le clip "Le monde ou rien"

PNL et le renouveau de la culture clip

4 min
À retrouver dans l'émission

Pour eux la cité est avant tout un site, un monument urbain débarrassé des déterminismes qui ont longtemps rythmé les clips de rap. Au-delà du rap c’est une démarche qui acte la place de l’image comme support indissociable de la musique en streaming.

Le groupe PNL dans le clip "Le monde ou rien"
Le groupe PNL dans le clip "Le monde ou rien" Crédits : Saisie d'écran "Le monde ou rien"

Au début du millénaire, on croyait le clip dépassé, transformé en passage marketing obligé. Mais il est redevenu depuis quelques années un espace de créativité qui participe à nouveau pleinement à notre imaginaire musical. 

Après avoir dépassé les 65 millions vues sur Youtube avec « Au DD » au sommet de la tour Eiffel, revoilà PNL au pied de la cité Youri Gagarine, à Ivry-sur-Seine, où ils ont vécu une partie de leur adolescence. C’est là qu’ils viennent de tourner le clip autobiographique de « Deux frères », qui n’a pas encore été diffusé. On pourrait prendre les paris, se demander s’ils battront leur record de vues, mais ce qui importe, c’est la fonction de ces images.

La cité, pour eux, est avant tout un site. Elle n’a ni les rôles ni les codes qui ont longtemps rythmé les clips de rap. Ni démonstration viriliste, ni revendication sociale. Pour PNL, la cité devient un monument urbain. Un site archéologique contemporain, un décor aux multiples strates symboliques, qui sera d’ailleurs bientôt anéanti. La cité Gargarine devant être détruite en août prochain. 

Dans la légende de PNL, ces murs racontent leur histoire « Il était une fois deux frères, deux fauves, deux trous dans le cerveau » …

PNL renouvelle puissamment la culture clip, mais ils ne sont pas les seuls. Effets spéciaux et expérimentations visuelles alimentent les vidéos musicales de Rêves bizarres et de Défaite de famille, deux titres phares d’Orelsan. Le groupe très arty The Blaze, métamorphose quant à lui l’imaginaire du bled, à travers des images troublantes d’un Alger homo érotique. Et, version arte povera, le groupe de musique alternative Odezenne mixe dans leur dernier clip « Blue fuchsia» les animations web des années 90 avec un décor de plage au coucher de soleil pour raconter les vicissitudes d’un vendeur de fruits et légumes à Rungis…

Le clip n’est plus seulement un support promotionnel, il sert de manifeste esthétique et de dédoublement du récit. Bien sûr, au temps jadis, en 1983, le clip thriller de Michael Jackson avait provoqué un choc pour toute une génération. Mais Thriller, comme tous les clips élevés au rang de films coexistaient avec la diffusion physique de la musique. Aujourd’hui les images sont le véhicule indissociable du streaming.

Et dans cette nouvelle équation, on retrouve les expérimentations du rap, les brûlots contre l’instrumentalisation des noirs par la culture du spectacle comme le « this is america » de Childish Gambino, les prises de pouvoir symboliques comme le clip de Beyoncé et Jay-Z tourné au Louvre. Et puis il y Madonna… 

Autrefois, pionnière du genre, elle est de retour avec son dernier titre « Madame X » et sa provoc frelatée, illustrant en miroir une utilisation accessoire du clip, qui n’a rien à voir avec les évolutions en cours.

On comprend le chemin parcouru, et la distance qui existe aujourd’hui entre les réinventeurs d’un genre et ceux qui continuent à faire du clip un outil uniquement promotionnel. Or à mesure que la musique se dématérialisera, son véritable support deviendra l’image.

Chroniques

8H50
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