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Le "Robot Action Painter" de l'artiste Leonel Moura

L’Intelligence artificielle, nouveau monde du marché de l’art?

3 min
À retrouver dans l'émission

La première vente aux enchères d’une peinture réalisée par une intelligence artificielle est un succès.

Le "Robot Action Painter" de l'artiste Leonel Moura
Le "Robot Action Painter" de l'artiste Leonel Moura Crédits : Francisco Leong - AFP

Les « machines à créer » ce n’est pas nouveau. En 1959, déjà, Jean Tinguely présentait un « robot artiste abstrait » :

Sa « machine à dessiner » était une sculpture automatisée armée de crayons, de feutres ou de pinceaux, secouant son bras d’acier sur une feuille dans un mouvement aléatoire, jusqu’à produire une œuvre. Avec tous les guillemets qui s’imposent. Mais une œuvre toujours distincte de la précédente. 

Par ce geste Jean Tinguely démontrait au passage que la « robotisation » n’était pas uniquement synonyme de répétition, mais pourquoi pas de création.

Toutes les grandes interrogations soulevées aujourd’hui par l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le domaine artistique sont déjà là. L’art deviendra-t-il tributaire de la technique ? L’artiste perdra-t-il son pouvoir ? La machine remplacera-t-elle le créateur ? L’oeuvre cessera-t-elle d’être une oeuvre d’art en devenant autonome?

Si des expériences d’intelligence artificielles en peinture avaient déjà été menées, pour la première fois, hier, un tableau peint par un programme a été vendu aux enchères chez Christie’s. Et bien vendu d’ailleurs, estimé à 7000 dollars il est parti à 432 500. Soit dit en passant c’est bien plus que les sérigraphies de Banksy qu’on imaginait s’envoler et qui on été adjugées pour quelques dizaines de milliers de dollars sans même s’autodétruire….

Mais revenons à nos robots. La peinture produite par ce programme d’intelligence artificielle est un portrait, celui d’un homme fictif, Edmond De Belamy (sorte d’avatar hybride d’un frère Goncourt et de Maupassant). 

La dite peinture a été créée par une formule mathématique sur une base de données de 15 000 portraits, d’où son allure entre le flou d’un mauvais autoportrait de Rembrandt et les vides laissés sur un mauvais autoportrait d’Egon Schiele. 

Ici l’événement n’est pas technique, le programme n’a rien de révolutionnaire, comme le souligne le collectif français Obvious à l’origine de l’œuvre. On a rentré des références dans la base, une partie du programme s’est chargée de produire, l’autre de « discriminer » c’est à dire de s’arrêter lorsqu’elle a considéré une des productions comme un inédit.

L’œuvre et son prix de vente ne se justifient donc que par la question que pose une telle démarche à l’art et à son marché. 

En cela le portrait d’Edmond de Bellamy s’inscrit dans la lignée de ces créations qui ont joué avec le rôle de la machine dans l’art, celles de Jean Tinguely dont je vous parlais ou d’autres, comme le montrait il y a quelques mois l’exposition « Artistes et Robots » au Grand Palais.

Mais ici la machine n’a pas conscience qu’elle opère dans un but créatif ou conceptuel et c’est là toute la différence. En cela se demander si ces intelligences artificielles qui simulent la créativité vont remplacer les artistes n’a pas de sens. 

Mais comment les artistes et leurs intentions bizarres, forcément, vont-ils s’emparer de telles machines ? Et comment celles-ci se nourriront de ces expériences ? Puisqu’à la différence des autres, ces machines apprennent. Là tout s’ouvre. Aussi la question devient alors, «Edmond de Bellamy » est-il l’origine du nouveau monde ?

Chroniques

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