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RuPaul et Vanessa Vanjie Mateo sur scène à Los Angeles

Drag queen, une culture grand public?

3 min
À retrouver dans l'émission

Comment le brouillage du genre est-il sorti des marges ?

RuPaul et Vanessa Vanjie Mateo sur scène à Los Angeles
RuPaul et Vanessa Vanjie Mateo sur scène à Los Angeles Crédits : Santiago Felipe - Getty

Une des émissions phares de la télévision américaine s’intitule « Ru Paul’s drag race », il s’agit d’une téléréalité dérivée du radio crochet, où le but n’est pas de devenir la nouvelle star mais la meilleure transformiste. Sept fois nommée aux derniers Emmy Awards, les oscars de la télé US, l’émission n’est pas un épiphénomène.

Son hôte s’appelle Ru Paul, Ru Paul André Charles précisément, et dans les années 90 il va populariser les drag queen. Ces danseurs venus de la scène gay qui sur-jouent les codes féminins perchés sur de hauts talons à plateforme. C’était une première, RuPaul, homosexuel, noir et drag autoproclamé, s’imposait avec son tube « Supermodel » dans un paysage saturé de Nirvana ou de Gangsta Rap.

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C’était les années 90… Des années rétrospectivement considérées comme plus libres par la jeune génération. Mais Ru Paul est à nouveau entrain de faire des drag queen un signal fort sur les écrans et dans la rue. Son show « Ru Paul’s drag race » initié à l’arrivée des Obama au pouvoir, aurait pu rester une niche, dans une phase de célébration des libertés, une proposition en plus sur le marché de l’affranchissement identitaire. 

Mais l’émission, qui vient aujourd’hui d’achever sa 10ème saison, est devenue très populaire depuis deux ans. Pourquoi ? C’est un divan pour une Amérique refoulée. Et derrière le décor rose-barbie, où les personnages s’affrontent, les confessions des candidats qui les ont conçus font entendre la douleur des questionnements face aux normes. 

A l’instar de ce qui s’est passé pour le féminisme, l’arrivée de Trump a agit comme un révélateur. La romancière Siri Husvedt le théorise ainsi à propos du mouvement #MeToo dans les pages du nouveau numéro de la revue AMERICA : « Le simple spectacle de ces hommes blancs corrompus qui enchaînent des décisions renforçant le racisme et le patriarcat a engendré la rage nécessaire au changement ».

Le phénomène « Ru Paul » ne touche pas que les Etats-Unis. En France et depuis que l’émission est diffusée en VF sur la plateforme Netflix, c’est dire il y a un an, elle a suscité des vocations. Le mouvement drag queen est en pleine renaissance. Et à Paris le nombre de jeunes drags a explosé. Souvent âgé de moins de 30 ans, séduits par ce que le sociologue Arnaud Alessandrin analyse comme « un brouillage du genre ». Une façon de montrer en sur-jouant les codes de revendiquer leur dimension essentiellement artificielle.

D’ailleurs le transformisme n’est pas nécessairement la transexualité, c’est un espace flou, pour jouer sur les ambiguïtés. Un espace pour se réinventer. 

Il semblerait qu’il grandisse en tous cas, et quitte les clubs ou les marges. Ainsi la chanteuse Christine and the Queens, a pu présenter en prime time sur France 2 et d’autres chaînes son nouveau moi « Chris ».  Cheveux courts et allure de petit mec, elle a rappelé le chemin intérieur difficile qu’il faut faire avant de pouvoir sortir de cette assignation étroite du féminin (ou du masculin d’ailleurs). Et au fond ce qui s’expose aujourd’hui d’avantage au grand public, c’est cette complexité intérieure et invisible, bien plus partagée qu’on ne le croit.

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