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En grève de la faim depuis le 14 mai, le cinéaste ukrainien emprisonné en Russie est devenu le nouveau symbole de la résistance à la répression russe

Oleg Sentsov risque de mourir, ceci n'est pas une fausse nouvelle

5 min
À retrouver dans l'émission

Politique, médiatique, artistique, autour du cas du cinéaste ukrainien dissident se livre aussi une bataille de la perception.

En grève de la faim depuis le 14 mai, le cinéaste ukrainien emprisonné en Russie est devenu le nouveau symbole de la résistance à la répression russe
En grève de la faim depuis le 14 mai, le cinéaste ukrainien emprisonné en Russie est devenu le nouveau symbole de la résistance à la répression russe Crédits : SOPA Images - Getty

« Fake news : pour France 2, Oleg Sentsov casse des cailloux quelque part dans un Cayenne russe », c’est ainsi que RT la chaîne d’information russe a présenté une confusion de la télévision  publique française, il y a quelques jours, à propos de la détention du dissident Oleg Sentsov. 

Pour mémoire Oleg Sentsov est un cinéaste ukrainien, partisan du mouvement pro-européen Euromaïdan.  Originaire de Crimée il s’est engagé contre l’annexion de ce territoire par la Russie. A l’issu d’un procès qualifié de « farce judiciaire » par  Amnesty international, il a été condamné, en 2014, à 20 ans de prison dans une colonie pénitentiaire en Sibérie.  

« 20 ans de travaux forcés » c’est l’erreur de formulation commise par France 2, à  qui RT reproche également d'avoir parlé de Goulag. Or à un aucun  moment le terme n’a été utilisé par la chaîne. Résumé de l’opération : renverser la question des fausses nouvelles en accusant un média français de « fake news » tout en balançant une fausse information. 

Dans cette agitation se glisse quelque part l’idée que les médias français exagèreraient la gravité du cas d’Oleg Sentstov, ou que sa détention respecterait les règles de droits. C’est un jeu sur la perception. Tandis  que depuis des mois, des années même pour certains cinéastes comme Pedro Almodovar, le réseau artistique international se mobilise pour la  libération d’Oleg Sentsov qui entame aujourd’hui son 110ème jour de grève de la faim.  

Au vrai, comme le résume l’écrivain et Prix Goncourt Jonathan Littell : "Oleg Sentsov oblige le monde à se confronter à la nature tortionnaire du pouvoir russe".

La militante membre des Pussy Riot Nadezhda Tolokonnikova, détenue pendant près de deux ans dans une colonie pénitentiaire, avait d’ailleurs raconté dans une lettre comment elle était obligée de travailler de 7h30 du matin à minuit et demi dans une «brigade de couture» pour un "salaire" situé entre 50 centimes et 10 euros par mois. 

Quant à Oleg Sentsov - dont le  seul tort comme d’autres prisonniers politiques est d’avoir exprimé sa  liberté de création et d’opinion - sa situation enfreint bien les règles de droit.  Rappelons qu’en droit international, la Crimée constitue un territoire occupé et, en tant que puissance occupante, la Russie est tenue de ne pas transférer de prisonniers civils hors du territoire. Par ailleurs le  jugement de civils par des tribunaux militaires, ce qui a été son cas, viole également les normes internationales relatives aux droits humains.   

Concernant sa santé, le professeur Pierre Déchelotte,  spécialiste des troubles alimentaires et de la dénutrition, assure qu’après 110 jours de grève de la faim, même avec le substitut alimentaire qui lui est administré, Oleg Sentsov ne peut continuer à vivre que quelques  jours. Une infection par les cathéters de la perfusion, un coup de froid  (il fait 3°C le matin dans sa prison de Labytnangui), de stress (il a été privé de sa correspondance), et Oleg Sentsov peut mourir d’une minute à l’autre. 

Voici donc les faits que nul ne peut ignorer. 

Mais pour l’instant, en dépit de toutes les pétitions et tribunes des plus grands artistes et intellectuels internationaux, malgré l’intervention de dirigeants  occidentaux comme le président Emmanuel Macron, la mort d’Oleg Sentsov  semble avoir un coût politique suffisamment faible pour que Vladimir Poutine en prenne le risque. Pour qui défend la liberté, il faut absolument trouver le moyen de renverser cette perception. 

Chroniques
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